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Le blog de François MUNIER

La promesse faite à Abraham

26 Février 2026 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Questions internationales, #Proche et Moyen-Orient, #Israël, #Palestine, #Religions

Depuis longtemps, les défenseurs de la cause palestinienne expliquent que le projet sioniste de création d’un État juif ne se limite pas à la Palestine mandataire, telle que définie en 1922, ni même à celle revendiquée par les sionistes révisionnistes, incluant la Transjordanie cédée aux Hachémites comme lot de consolation, mais portait sur un territoire beaucoup plus vaste, « Du Nil à l’Euphrate ».

Brochure éditée par la revue France-Pays arabes en 1976

Brochure éditée par la revue France-Pays arabes en 1976

Cette thèse a souvent été dénoncée par les partisans du gouvernement israéliens comme mensongère. Notamment :

https://fr.danielpipes.org/9816/israel-imperial-nil-euphrate

Et pourtant : 

Les dernières déclarations de l’ambassadeur des États-Unis en Israël viennent de la remettre à la « Une » de l’actualité.

https://michaelharrison.org.uk/wp-content/uploads/2014/09/Isael-according-to-Herzl-1904-and-Fischmann-1947.pdf

https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260222-toll%C3%A9-apr%C3%A8s-propos-ambassadeur-%C3%A9tats-unis-sur-occupation-israel-cisjordanie

Dans un podcast diffusé vendredi, Tucker Carlson a interrogé l'ambassadeur sur son interprétation d'un verset de la Genèse selon lequel Israël aurait des droits sur les terres situées "entre le Nil et l'Euphrate", s'étendant donc de l'Égypte à l'Irak et à la Syrie.

"Je pense que c'est exact. Et cela engloberait en gros tout le Moyen-Orient", a déclaré Mike Huckabee. "Ce serait bien s'ils prenaient tout", a-t-il ajouté.

L’« opposant » Yaïr Lapid s’est aussi rallié publiquement à cette idée, qui n’est donc pas seulement celle de fanatiques politico-religieux.

https://www.middleeasteye.net/news/israel-yair-lapid-biblical-borders

'Zionism is based on the Bible, our mandate over the land of Israel is biblical, the biblical borders of Israel are very clear'

- Yair Lapid

Conférence donnée à Paris par le ministre israélien d'extrême-droite Bezazel Smotrich le 19 mars 2024.

Conférence donnée à Paris par le ministre israélien d'extrême-droite Bezazel Smotrich le 19 mars 2024.

Il était invité par l'organisation "Israël is forever" de Nili Kupfer-Naouri, qui avait publié cette carte : 

La promesse faite à Abraham

Nous ne sommes donc plus dans une revendication historique basée sur un passé glorieux plus ou moins fantasmé.

Exemples :

Le Grand Maroc du fleuve Sénégal à Tanger, voire même à l’Andalousie !

Le retour chez lui d’un peuple chassé de sa terre il y a 2 000 ans.

etc..

Mais sur une promesse divine, qui n’est opposable qu’aux seuls croyants d’une seule religion. Par exemple, les musulmans reconnaissent aussi Abraham comme un prophète, mais n’accordent aucune valeur à cette promesse biblique.

Il est évident que pour tous les incroyants, ou les croyants d’autres religions, cette promesse n’engage personne, et surtout pas eux.

Je pense nécessaire de faire malgré tout un peu d’exégèse biblique, en retenant l’idée communément admise aujourd’hui que le texte massorétique n’a pas été écrit par Moïse, mais résulte d’une compilation de textes écrits ou de tradition orales antérieures et difficiles à dater. Certains analystes en distinguent quatre pour le livre de la Genèse.

Chapitre 15 du Livre de la Genèse (Traduction AELF)
18 Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram en ces termes : « À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d’Égypte jusqu’au Grand Fleuve, l’Euphrate,
19 soit le pays des Qénites, des Qenizzites, des Qadmonites,
20 des Hittites, des Perizzites, des Refaïtes,
21 des Amorites, des Cananéens, des Guirgashites et des Jébuséens. »

Le "Torrent d'Égypte désigne-t-il le Nil ou un fleuve côtier dans le Sinaï ? Mystère.

Cette promesse est faite avant la naissance d'Isaac, considéré comme l'ancêtre des Israélites, mais après celle d'Ismaël, considéré comme l'ancêtre des Arabes. En sont-ils les bénéficiaires ?

La liste des peuples est intéressante, et elle ne couvre qu'imparfaitement celle des peuples connus (à l'époque supposée d'Abraham où à celle de la probable rédaction du texte).

Comme l'a fait remarquer Jean-Christophe Attias, fin connaisseur du judaïsme, les Palestiniens (ou Philistins) ne sont pas mentionnés. Leur pays ne serait donc pas promis à la descendance d'Abraham !

Les Qénites auraient vécu dans le Nord-Est du Néguev.

Les Qenizzites sont mentionnés dans la Bible, mais pas ailleurs.

Les Qadmonites auraient vécu dans le pays de Canaan (grosso modo la Palestine), tout comme les Perizzites et les Réfaïtes (des géants!?) et les Guirgashites.

La référence aux Hittites est intéressante. Ils n’ont longtemps été connus que par la Bible, et c’était un argument pour contester son historicité : « elle mentionne des peuples qui n’existent pas ». Les archéologues, à partir du XIXème siècle, ont identifié un empire (de 1625 BC à la fin du Bronze récent) autour de Hattusa, dans l’actuelle Turquie. Il a affronté l’Égypte1 de Ramsès II à Qadesh (1274 BC). Des royaumes néo-hittites lui succéderont en Anatolie du Sud et dans le nord de la Syrie jusqu’au VIIIème siècle BC.

Les Amorites sont localisés en Syrie et Mésopotamie ancienne.

Le Pays de Canaan correspond approximativement aux territoires actuels réunis d'Israël et de la Palestine, du Liban, de l'ouest de la Jordanie et de la Syrie.

Les Jébuséens auraient été les fondateurs et premiers habitants de Jérusalem.

On a donc une divergence entre :

- une promesse d’une vaste région

- et un détail des peuples à soumettre (ou exterminer) restreint à l’extension maximale des royaumes d’Israël et Juda.

D’où vient alors la première mention ?

Explication plausible : elle correspond à la juridiction spirituelle que les souverains perses auraient reconnu à Esdras pour la province de Transeuphratène (Esd. 7,25).

1 Les deux empires se partagent le Proche-Orient, sans laisser de place à d’autres entités, si ce n’est comme tributaires.

A lire : 

Le Temps de la Bible, Pierre Bordreuil et Françoise Briquel-Chatonnet.

Le Temps de la Bible, Pierre Bordreuil et Françoise Briquel-Chatonnet.

4ème de couverture :

C”est à relire la Bible en la confrontant aux découvertes de l’archéologie et aux inscriptions que nous invite cet ouvrage. Déluge, exil en Égypte, conquête de Canaan, formation des royaumes d’Israël, destruction du temple et déportation des Juifs à Babylone : tous ces récits ont des échos dans l’histoire du Proche-Orient. Mais la Bible ne se soucie pas de relater les faits et les mentalités selon une chronologie cohérente. Son but est de les interpréter et de les replacer dans la perspective de l’alliance entre Yahweh et son peuple. (c’est donc une histoire sainte, une « théologie de l’histoire ›› où tous les malheurs d'Israël sont décrits comme autant de châtiments que Dieu lui a infligés pour le punir de son infidélité. En ce sens, la Bible hébraïque révèle d”abord l’état d”esprit de la communauté qui lui a donné sa forme définitive à l’époque perse. De retour à Jérusalem, les Judéens, qui n’ont plus ni roi ni terre, se définissent par rapport à Yahweh, roi de l’univers et Dieu unique. Toute l'histoire du peuple est alors réécrite à la lumière de l’exil à Babylone, ultime châtiment que Dieu lui a imposé, car c’est sa repentance qui lui permet de renouer l’alliance avec Yahweh. Pour mieux affirmer son identité, la communauté se forge un passé qui remonte à la création du monde et se reconnaît dans un ancêtre, Abraham.

Pierre Bordreuil et Françoise Briquel-Chatonnet sont tous deux historiens. Directeurs de recherche au CNRS, ils travaillent a l’Institut d’études sémitiques du Collège de France.

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