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Le blog de François MUNIER

En Afrique du Sud, la colère sociale se trompe d’ennemi (Rodrigue Nana Ngassam / Afrique XXI)

27 Juillet 2026 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Questions internationales, #Afrique, #Afrique australe, #Afrique du Sud (République)

Derrière les attaques contre les migrantes africaines en Afrique du Sud se lit l’épuisement d’une promesse démocratique. La fin de l’apartheid a ouvert les droits politiques, mais n’a pas aboli la géographie de la pauvreté, la concentration des richesses ni la précarité des townships. C’est dans cette faille que prospère une xénophobie qui transforme les plus vulnérables en responsables d’un ordre social qu’ils subissent eux aussi.

À Kleinmond, petite ville côtière de la province du Cap-Occidental, la xénophobie n’a pas commencé par un discours politique, mais par un coup frappé à une porte. Lado Amido, migrant mozambicain venu chercher du travail en Afrique du Sud, a raconté à Reuters1 qu’une foule s’était présentée devant son domicile pour lui ordonner de partir. Ses biens ont été emportés. Lui a fui dans les montagnes avant de trouver refuge dans une salle municipale, avec d’autres migrantes mozambicaines et malawiennes.

Dans le même secteur, Michael Markson, ressortissant malawien, a également dû fuir l’habitation précaire où il vivait. Son propriétaire l’avait prévenu : s’il restait, sa vie pouvait être menacée. Autour de lui, certains manifestants étaient armés de couteaux et de bâtons. Beaucoup de ces migrantes n’étaient pas de passage. Certaines travaillaient, d’autres avaient des enfants scolarisés, d’autres encore vivaient légalement dans le pays. Mais, dans la logique de la foule, le statut administratif importe peu. Ce qui expose, c’est d’abord le fait d’être perçu comme étranger.

Dans les townships sud-africains, la colère sociale a souvent un visage : celui du migrant africain. Il peut être zimbabwéen, mozambicain, malawite, nigérian, congolais, somalien, éthiopien ou ghanéen. Il tient une petite échoppe, travaille dans le bâtiment, vend dans la rue, cherche un emploi journalier, loue une chambre précaire ou tente simplement de survivre dans l’un des pays les plus inégalitaires du monde. À intervalles réguliers, il devient la cible d’une fureur collective qui le désigne comme responsable du chômage, de la criminalité, de la saturation des services publics, de la concurrence dans le petit commerce ou de l’appauvrissement des nationaux.

Une société traversée par des fractures massives

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