Analyse du discours de Latran (Nicolas Sarkozy le 20 décembre 2007) (3/3)
Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique.
Précision : il s’agit d’une initiative du gouvernement Jospin.
http://www.france-vatican.org/societe.php
L’Ambassade est au cœur des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, personne morale de droit public international. L’Etat de la Cité du Vatican n’existe, depuis les accords du Latran (1929), que pour garantir l’indépendance du Siège apostolique dans l’ordre international. Le Pape en est le souverain en même temps qu’il est l’évêque du diocèse de Rome et, à ce titre, à la tête du collège épiscopal. Il en tire l’autorité qu’il exerce sur toutes les Eglises particulières et s’intéresse aux relations de chacune avec leur Etat de résidence.
Dès lors, le Saint-Siège entretient également des relations directes avec l’Eglise catholique française. Celle ci s’exprime par l’intermédiaire de sa Conférence épiscopale https://eglise.catholique.fr/ qui est en rapport régulier avec les pouvoirs publics français. Depuis 2002, un “dialogue institutionnel” permet une rencontre, au moins une fois par an, des responsables de l’Eglise catholique avec le Premier Ministre à l’Hôtel Matignon. Outre les relations diplomatiques, l’Ambassade de France près le Saint-Siège contribue au bon déroulement de ces rencontres et de ces échanges.
Il n’y a rien de choquant à ce que le gouvernement et les responsables de l’Église catholique en France se rencontrent régulièrement, ni de rien révolutionnaire à cela. Tant que ces rencontres se limitent aux questions cultuelles ou organisationnelles communes.
Cette rencontre, par exemple, est normale : (21 décembre 2005)
Lors de la réunion, les points suivants ont notamment été abordés :
Le projet de modification du régime juridique de l’utilisation des édifices du culte à des fins culturelles, dans le respect des droits respectifs du desservant et de la collectivité publique propriétaire, qui interviendra, d’ici avril 2006, dans le cadre de l’ordonnance instituant un code des propriétés publiques ;
L’amélioration des conditions dans lesquelles les agréments sont délivrés par l’administration de la jeunesse et des sports à des associations confessionnelles organisatrices d’activités éducatives ou de loisir ;
La prochaine publication, à la Documentation française, des accords passés entre la France et le Saint-Siège en 1923-1924 pour l’application de la législation française sur les cultes.
Mais il faut éviter tout dérapage vers une cogestion des questions éthiques.
Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman.
Y compris celles de son “ami” Lustiger :
« Le gouvernement fait de l’islam une religion d’Etat »
Article paru dans l’édition (du Monde) du 15.04.03 :
Les efforts actuels du gouvernement pour organiser le culte musulman vont-ils dans la bonne direction ?
Je ne sais pas, l’avenir le dira. Je constate que cette politique est tout à fait semblable à celle de Napoléon au moment où il a mis au pas le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme.
L’islam est mis au pas ?
Le gouvernement en fait une religion d’Etat.
En contradiction avec la loi de 1905 ?
Non, mais ça peut l’être.
N’approuvez-vous pas la volonté du gouvernement de soustraire les musulmans de France à l’influence de puissances étrangères ?
Je le comprends parfaitement et c’est un but politique tout à fait légitime. Simplement, je fais observer qu’il y a des ambiguïtés possibles.
C’est-à-dire ?
Poser la question de l’immigration maghrébine en la réduisant à celle de l’islam n’est pas exact. D’abord, parce que 10 % seulement des musulmans sont pratiquants. Ensuite, parce que cela laisse entier le problème de l’identité arabe dans l’identité française. Le vrai problème est celui de l’apport culturel, disons arabo-maghrébin d’origine islamique, de cette immigration dans la culture française, au même titre que la culture bretonne, basque ou alsacienne. Il ne faut pas les obliger à aller dans les mosquées pour être identifiés.
Lustiger n’a pas complètement tort dans sa critique. Autant je pense qu’il est normal que la République (ou les administrations) règlent avec les représentants des cultes les questions communes, autant il n’est pas normal de donner une rôle politique aux représentants des religions en tant que tel.
La création d’une instance musulmane (initiée par les ministres précédents) était souhaitable afin que les pouvoirs publics aient des interlocuteurs fiables et représentatifs pour les affaires cultuelles (viande halal et abattage des animaux, aumôneries, cimetières, lieux de cultes et desservants), c’est-à-dire la “zone de contact” entre la pratique d’un culte et la vie de l’ensemble de la société.
Mais le CFCM n’avait pas être le représentant des musulmans français, dont les préoccupations , spécifiques ou non, ne se limitent pas à l’exercice du culte.
Quant à la désignation du président du CFCM par le ministre de l’intérieur, il y a beaucoup à dire.
Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle,
Ce n’est pas ce que dit le Conseil d’État :
http://www.conseil-etat.fr/ce/rappor/index_ra_li0402.shtml
Simple rappel : le statut de “congrégation”, comme celui d’”association reconnue d’utilité publique” donne droit à des avantages, notamment fiscaux, supérieurs à ceux des associations ordinaires.
C’est donc tout à fait logique que le statut “ordinaire” soit accordé sur simple déclaration, et qu’il y ait un contrôle plus sérieux et a priori pour ceux qui en demandent plus.
Les congrégations peuvent recevoir des legs, et cela a souvent posé des problèmes avec les héritiers désavantagés, avec parfois des accusations de “manipulation mentale”. Il n’est pas mauvais qu’il y ait un contrôle administratif pour éviter que le statut de congrégation soit utilisé par des organismes peu recommandables.
Et d’ailleurs, les congrégations classiques et “installées” ne se plaignent pas du contrôle administratif.
refuse de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative ou aux moyens de communication des Églises,
Je cite le Conseil d’État :
Le statut des associations cultuelles, dont l’objet est certes limité - l’exercice du culte - présente des avantages non négligeables : capacité de recevoir des libéralités et exonération des droits de mutation à titre gratuit pour les dons et legs qui leur sont consentis ; exonération de la taxe foncière pour les propriétés où sont édifiées des constructions affectées à l’exercice du culte ; possibilité pour les collectivités publiques de participer à la réparation des édifices cultuels appartenant à des associations ; bénéfice des déductions fiscales instituées par la loi du 23 juillet 1987 relative au mécénat et récemment majorées.
Des réticences demeurent, certes, du côté de certaines confessions pour constituer des associations cultuelles. Elles peuvent s’expliquer par les obligations de transparence et de contrôle imposées par l’Etat et par la condition d’objet exclusif d’exercice du culte. Souvent, cependant, les ressortissants de ces confessions ont eu le sentiment de ne pas être encouragés dans cette voie.
Contrepartie notamment des avantages accordés aux associations cultuelles, la règle selon laquelle les fonds versés à une association cultuelle ne peuvent être reversés par celle-ci à une autre association ayant d’autres activités, caritatives ou d’édition par exemple, fait l’objet de critiques. Cette difficulté n’est cependant pas insurmontable dès lors qu’une communauté peut créer deux associations distinctes, l’une régie par la loi de 1905, la seconde par la loi de 1901 pour les autres activités que l’exercice des cultes et pour lesquelles des subventions publiques sont au demeurant possibles.
Elémentaire, mon cher Watson, une association cultuelle est une association qui s’occupe de culte, comme une association sportive s’occupe de sport et pas de littérature.
L’Armée du Salut a séparé ses activités cultuelles et de bienfaisance (la Fondation Armée du Salut), l’Église catholique utilise une multitude d’associations, cultuelles (les diocésaines), d’enseignement (les OGEC), de bienfaisance (Secours Catholique, etc..) et chacune à son régime propre, sans mélange des genres. Les Témoins de Jéhovah ont fait de même.
Comme le statut de cultuelle est dérogatoire du droit commun, il est logique qu’il soit réservé aux associations qui s’occupent de culte.
répugne à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique alors que la Convention de Bologne le prévoit, n’accorde aucune valeur aux diplômes de théologie.
Il est normal que la République (ministère chargé de l’enseignement supérieur) ne reconnaisse pas a priori la valeur de diplômes qu’il ne donne pas lui-même. Mais il y a des accords, pour la reconnaissance et la validation des diplômes “profanes”, qui fonctionnent à la satisfaction générale, ou du moins de l’Église catholique :
http://www.cef.fr/catho/actus/archives/2001/20010328institutscatho.php
Un diplôme de théologie constate des connaissances en théologie (juive, musulmane, chrétienne, etc.. ) avec des particularités pour chaque obédience. Il ne permet pas de trouver du pétrole, soigner des maladies, défendre un accusé lors d’un procès.
La convention de Bologne prévoit de créer espace européen de l’enseignement supérieur d’ici à 2010. L’objectif est que par exemple le diplôme d’ingénieur corresponde à un niveau de qualification comparable au Portugal comme en France ou en Suisse.
Processus de Bologne - Wikipédia
Le processus de Bologne est un processus de rapprochement des systèmes d' études supérieures européens amorcé en 1998 et qui a conduit à la création en 2010 de l' espace européen de l'ensei...
Après ce tissu d’approximations et de contre-vérités, le chanoine Sarkozy passe au fond de problème :
Je pense que cette situation
Comme les faits cités (cette situation) sont tronqués, faux, etc..
on peut craindre le pire pour la suite.
est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme.
Les incroyants, population protégée, comme les ours ou le grand tétras, il fallait oser !! Nous aurons donc une religion d’État, le national-catholicisme, avec des minorités protégées, qu’on ne devra pas essayer de convertir par la force, mais à qui on fera bien sentir qu’il leur manque quelque chose !!
Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent.
L’espérance est peut-être une vertu théologale dans le catholicisme, mais bien souvent, la foi chrétienne générait la crainte et non l’espérance. La Réforme protestante est d’ailleurs née de cette question (la justification par la foi ou par les œuvres). Et on a reproché souvent aux croyants de plus se préoccuper de leur salut dans l’au-delà que de l’amélioration concrète de la vie ici-bas. Quand certains prêchaient la résignation aux pauvres dans l’attente du paradis, oubliaient toute question de justice sociale, était-ce l’intérêt de la République ?
La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.
Je suis régulièrement énervé par les discours de ceux qui pensent que le monde ne sera heureux que lorsque le dernier militaire aura été pendu avec les tripes du dernier curé (ou l’inverse). Ils en font d’ailleurs leur seul objectif et oublient tous les autres. Je pense notamment à ce militant nancéien, qui lors d’une réunion publique contre le TCE (Traité constitutionnel européen), intervint pour nous signaler le problème numéro 1 de la société française : le maintien du régime concordataire en Alsace-Moselle. Ce n’est pas pour justifier le discours inverse.
Les faits de société que cite Nicolas Sarkozy sont indéniables. Ils n’ont pas rendu les Français plus heureux, mais pas plus malheureux.
N’oublions pas trois choses :
L’encadrement idéologique par le clergé catholique pouvait être pesant : stigmatisation des divorcés, remariés ou non, des mères célibataires, de tous ceux qui avaient fait le choix de vivre autrement. C’est une époque que j’ai un peu connue et que je ne regretterai pas.
La déchristianisation de la société française date de plusieurs siècles, et l’attitude de l’Église catholique y est peut-être aussi pour quelque chose. En février 1848, les révolutionnaires parisiens respectent le christianisme. Pourquoi l’Église catholique a-t-elle perdu la classe ouvrière ? Ne serait-ce pas parce qu’elle avait choisi un autre camp ?
On peut regretter la disparition des patronages, qui pouvaient proposer des activités éducatives ou sportives. Vers 1900, ces patronages étaient aussi bien laïques que confessionnels, avec une concurrence vive, malgré beaucoup de points communs (patriotisme, morale très traditionnelle ..). Il y eut ensuite des organisations de jeunesse des partis de gauche. Tout cela a disparu, et tous ceux qui essayent de maintenir contre vents et marées un tissu associatif et des liens de solidarité doivent aussi se battre contre le gouvernement actuel.
Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.
Il existe des morales d’inspirations diverses, et la République doit simplement prendre acte de leur existence.
Quant au risque de fanatisme, la liste est longue des gens qui ont été massacrés, torturés, emprisonnés à cause de leurs idées (religieuses ou a-religieuses) par des gens “adossés à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.” Certes les religions n’ont pas eu le monopole des massacres, etc.. mais de là à les proclamer innocentes !!
Les “hussard noirs de la République” pouvaient être parfois un peu casse-…, mais ce n’étaient pas des Torquemada ou des Savonarole.
Je reprends mes commentaires après une longue interruption, occupé par ailleurs. Après Rome et le catholicisme, il y eut Ryad et l’islam, les vœux du président aux dignitaires religieux. C’est désormais l’ensemble qui doit être examiné : va-t-on vers une religion d’État ??
Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité.
Quand on sait, avec un minimum de culture historique, que les “morales liées à la transcendance” ont pratiquement toutes, à une époque ou l’autre, composé avec les contingences historiques, cette affirmation laisse rêveur.
Certes, les responsables sont souvent restés intransigeants sur certains principes, notamment sur la morale individuelle, surtout sexuelle, mais ils ont encore plus souvent été du coté du manche, soutenant le pouvoir politique.
Et qu’est-ce que la facilité ? Admettre la contraception, l’IVG, le divorce, est-ce succomber à la facilité ? Et vous ne savez peut-être pas que dans les années 1950, le PCF athée et l’Église catholique défendaient les mêmes positions sur le contrôle des naissances. Soyons sérieux, le stoïcisme était une morale qui ne cédait pas à la facilité et ne devait rien à une transcendance. Les exemples sont nombreux dans tous les sens.
Comme l’écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. C’est une très grande question.
Et le critère de l’action politique, c’est de savoir faire la différence entre le juste (question éthique) et le possible. Si on ne le sait pas, on va à la catastrophe. Même « saint » Louis, qui avait fini par réglementer la prostitution après avoir essayé de l’interdire, avait compris cela !!
Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses.
Enfin !!
Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.
Tout citoyen a le droit d’avoir un avis et de l’exprimer, y compris les responsables religieux. Mais cet avis doit être exprimé de manière à être reçu et admis par tous, dans l’intérêt de ceux qui l’expriment et pour permettre le débat avec ceux qui ne partagent pas la même croyance. Prenons par exemple la question de l’interdiction de travail du dimanche, sauf dans certains secteurs, que certains jugent désuète et nuisible à l’économie française. Si les responsables chrétiens condamnent le travail dominical au nom du Décalogue, ils ne sont pas audibles, saufs par leurs fidèles; s’ils expliquent que le travail n’est qu’un moyen et pas une fin en soi, qu’il est bon qu’il y ait une journée où les gens puissent notamment se reposer, se divertir, se retrouver en famille, ils avancent le meilleur argument en leur faveur et contre l’abandon du repos dominical.
C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout.
La laïcité, c’est l’indépendance par rapport aux religions. Qu’est-ce qu’une laïcité négative ? Et il y a une contradiction : comment défendre la liberté de croire et de ne pas croire, tout en expliquant qu’il vaut mieux croire, puisque les religions seraient un atout.
Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905.
La loi de 1905 est simple: les Églises font ce qu’elles veulent, l’État ne s’en mêle pas et ne paye pas. Au-delà de ces principes, l’essentiel de la loi traite de la dévolution des biens ecclésiastiques, réglée définitivement par la loi de 1907. Et ça marche très bien comme ça.
Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas.
Que se passerait-il si elles le demandaient ? Ne pas modifier une loi parce que les Français ne le souhaitent pas est le respect de la démocratie, même le courage politique consiste à le leur proposer si on y croit. Changer une loi parce qu’une des parties concernées le demande est plus contestable.
Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.
Et les petites religions ? Les Baha’i ont certainement aussi des choses passionnantes à dire !! Il faut ensuite faire la différence entre les fidèles d’une religion et les gens qui parlent en leur nom. Sur les questions d’éthique qui concernent les pouvoirs publics (contraception, etc..) il y a un fossé entre le comportement des catholiques et ce que racontent leurs évêques. Que signifie faciliter la vie quotidienne des “grands” courants spirituels ? Et où sont les complications ? Qui est empêché de réfléchir, de s’exprimer en France ?
Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l’on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie,
Noël est devenu une fête profane, séculière, pour la majorité des Français. Le sait-il ?
je voudrais me tourner vers ceux d’entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce et l’épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m’inspirent vos choix de vie.
Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.
Et ce même discours, sur les gens qui se consacrent entièrement à une cause, y compris les pires, peut être servi à d’autres, en changeant les moyens qui leur permettent de tenir.
Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation.
On peut être très critique sur les prêtres, etc.. en France, mais il faut au moins reconnaître qu’ils ne font pas ça pour le fric et que le premier réflexe d’un curé nommé dans un paroisse n’est pas de demander une augmentation à son évêque.
On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.
Y compris sacrifier les autres ?
Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la République, c’est l’importance que j’attache à ce que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l’action caritative, à la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant’Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.
A quoi correspond ce “nos” ? Est-ce rendre services à ces congrégations et a leurs membres, dont certains vivent dans des pays très sensibles, que de les saluer comme des relais de la politique française ?
En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d’attention. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.
Je crois que c’est Voltaire qui aurait dit avec cynisme : “Je préfère que mon valet croie en Dieu, comme ça il ne me volera pas ma montre.” Sarkozy penserait-il la même chose.
Plus sérieusement, cette analyse de Nicolas Sarkozy est une insulte pour tous les instituteurs laïques, qui ont enseigné le bien et le mal avec conviction, avec la force de l’exemple, qui ont été respectés pour cela par leurs élèves et leurs parents. Ils avaient parfois un petit coté curé laïque, mais ils ne leurs étaient pas inférieurs.
Et l’athée Guy Môquet, qui a fait à 17 ans le sacrifice de sa vie ? Récupéré, puis rejeté comme incroyant ?
Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j’en suis convaincu.
Cette vision sacrificielle du monde est très religieuse, commune au christianisme et à l’islam. Quant un chef d’État la fait sienne, c’est mauvais signe : “Sacrifiez-vous, d’autres en profiterons ! “
L’Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d’un grand nombre d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne l’initiative d’une Union de la Méditerranée.
A part demander aux pays du Sud de faire eux-mêmes la police de l’immigration, quel est son contenu ? N’est-ce pas plutôt simplement un moyen pour laisser la Turquie à l’extérieur de l’UE ? Quelles sont les politiques de coopération internationale que la France peut mener qui ne contredisent pas les contraintes de l’UE ? Faire une “Union” implique la participation à deux instances, qui peuvent avoir des positions contraires. Je n’ai rien contre des politiques de coopération avec les pays de l’autre rive de la Méditerranée, mais je ne vois pas comment faire, sauf à élargir l’UE vers le Sud, ou à réduire ses compétences.
Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l’y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l’état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique,
En parler ainsi, c’est admettre qu’il peut se produire, alors qu’il faut expliquer qu’il n’existe pas spontanément, mais qu’il peut être créé artificiellement par certains, encouragé par d’autres, dont beaucoup de ses amis.
nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l’intérêt du Saint-Siège.
qui a eu d’ailleurs sur certains sujets (Palestine, Irak) des positions beaucoup plus acceptables que celles de Sarkozy.
Mais ce que j’ai le plus à cœur de vous dire, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel,
Les Rolex ??
tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient.
Et les autres, ils comptent pour quoi ?
La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu’on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu’ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs, d’espérance.
Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, disait : « La vie attire, comme la joie ». C’est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.
Même remarque !!
Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.
Ter !!!
La France a besoin de croire à nouveau qu’elle n’a pas à subir l’avenir, parce qu’elle a à le construire. C’est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.
Belle définition de l’abnégation de générations de militants communistes !!
J’ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait […] L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches […]. L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l’attachement du pape à ce grand écrivain qu’est Bernanos !
Benoît XVI avait lu Bernanos, en français, lui !!
Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.
Fin 2007, début 2008
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