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Le blog de François MUNIER

La sécularisation en Iran. Deux articles de la "Vigie de la laïcité"

17 Octobre 2026 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Questions internationales, #Iran, #Proche et Moyen-Orient, #Islam, #Religions, #Laïcité

L'entrée du sanctuaire de Qom (photo personnelle 2014)

L'entrée du sanctuaire de Qom (photo personnelle 2014)

La sécularisation de la société iranienne, recomposition du religieux et permanence du sacré

Publié le 05/10/2026 par Vigie de la laïcité
Avec Sepideh Parsapajouh, CNRS-CéSor

La question de la sécularisation de la société iranienne constitue un objet particulièrement complexe dans la mesure où l’expérience historique de l’Iran contemporain semble résister aux modèles classiques de la sécularisation élaborés à partir de l’histoire européenne. Selon ces modèles, la modernisation des sociétés conduirait progressivement à un recul de la religion dans les institutions, dans l’espace public et dans certaines mesures dans les pratiques sociales. Or, l’expérience iranienne dessine une trajectoire bien plus paradoxale dans laquelle modernisation, institutionnalisation du religieux et transformation du rapport au spirituel et au sacré ne s’excluent pas nécessairement mais peuvent au contraire se développer simultanément.

En Iran les relations entre religion, société et pouvoir ont connu de profondes recompositions tout au long du XXᵉ siècle. Les travaux d’historiens situent les premières étapes du processus de sécularisation dès la Révolution constitutionnelle de 1905-1911 qui marque l’émergence des premières revendications en faveur d’un État de droit, de la limitation du pouvoir monarchique et d’une représentation politique plus large. Toutefois cette première modernisation institutionnelle ne saurait être assimilée à une véritable sécularisation de la société. Sous la dynastie Qajar (1796-1925), la religion demeure profondément intégrée à l’organisation sociale du pays. Les ulama conservent une autonomie importante vis-à-vis du pouvoir monarchique, tandis que les fondations pieuses (waqf), les tribunes religieuses et les autorités cléricales participent pleinement à l’organisation de la vie collective.

Cette forte présence du religieux n’empêche cependant pas l’émergence de formes de modernité politique. La Révolution constitutionnelle en fournit une illustration significative : plusieurs ulama soutiennent activement le mouvement constitutionnaliste et défendent l’idée d’une limitation du pouvoir arbitraire par la loi. Cette période rappelle ainsi que la modernité n’implique pas nécessaire la sécularisation. L’Iran entre alors dans une dynamique de modernisation politique à travers l’adoption d’une constitution, le développement de la presse, la création de nouvelles institutions administratives et l’intensification des échanges avec l’Europe, sans que la religion cesse pour autant d’occuper une place centrale dans la vie collective.

Article complet : 

La sécularisation plurivoque : les transformations du religieux en Iran

Publié le 05/10/2026 par Vigie de la laïcité
Avec Amélie M. Chelly, Chercheure associée au CADIS

Le 28 février 2026 s’ouvrait un nouveau chapitre de la guerre menée par une coalition américano-israélienne contre la République islamique d’Iran, frontale depuis 2024. Au-delà de sa dimension géopolitique, le conflit a de nouveau donné l’occasion à la classe médiatique occidentale de mettre en lumière l’existence d’une population sécularisée, dont les aspirations sont aux antipodes de la théocratie chiite. Cette catégorie sociale ne couvre certes pas la totalité du peuple iranien : une minorité est sincèrement acquise aux thèses de la République islamique, d’autres encore vivent une religiosité forte sans forcément se reconnaître dans l’institutionnalisation de l’islam opérée par l’État depuis 1979 ; cependant, la classe des sécularisés semble s’élargir ou au moins intensifier ses revendications, en réaction à l’autorité.

Quatre décennies de pouvoir théocratique n’ont pas produit d’homogénéisation religieuse de la société : les données disponibles suggèrent au contraire une progression importante de la distance à l’égard de la religion telle qu’elle est promue par l’État et, même, pour une partie de la population, de l’irréligiosité 1, voire de l’athéisme, pourtant interdit. Les manifestations de 2022, déclenchées par la mort de Mahsa Amini, après son arrestation pour une question de voile, ont donné à cette évolution une visibilité internationale. Au départ, la protestation s’était inscrite dans une volonté de gagner en liberté de mœurs avant de prendre des contours économiques et politiques antisystème. Dès lors, l’Iran d’aujourd’hui semble à première vue être le théâtre d’une opposition frontale entre les défenseurs d’un pouvoir religieux et une contestation sécularisée. Il ne faut cependant pas réduire l’enjeu à une guerre menée entre ceux qui entendent maintenir la religion en politique et ceux qui voudraient purement et simplement l’exclure de l’espace public. La complexité du débat exige une compréhension de la plurivocité du sécularisme à l’iranienne.

Dans son sens classique et occidental – le concept est historiquement occidental –, la sécularisation désigne l’autonomisation progressive de la société et de la sphère publique à l’égard de la religion. Elle a souvent été associée à la différenciation des institutions, au recul de l’autorité des Églises et à l’individualisation des croyances. L’Iran révolutionnaire prend a priori le contrepied parfait de ce processus : la religion, loin de s’effacer de la sphère publique, en prend le contrôle, cherchant à gouverner l’ensemble de la société, des institutions, de l’économie, de l’industrie et des relations internationales.

Article complet : 

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