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Le blog de François MUNIER

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé ( Simon Barbarit / Public Sénat)

11 Septembre 2026 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Actualité française, #Racisme

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

À quelques semaines de l’examen au Sénat de son projet de loi pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme, Aurore Bergé était l’invitée de CNews, mercredi. La discussion avec les chroniqueurs a vite tourné autour de la théorie du grand remplacement. Conceptualisée par l’essayiste d’extrême droite Renaud Camus, cette théorie consiste à croire qu’une certaine élite organiserait le remplacement de la population française blanche et chrétienne par une population venant des pays du sud, noire, maghrébine et musulmane. Le péril serait ici multiple : un renversement démographique doublé d’un renversement culturel.

Pressée par les chroniqueurs de dire si cette théorie était selon elle raciste, la ministre a éludé la question à plusieurs reprises, avant de répondre : « Non, je ne pense pas que ce soit une théorie… », laissant sa phrase en suspens. Aurore Bergé a également qualifié cette théorie de « fausse, factuellement », « même mensongère, parce que cherchant à créer un terreau de peur dans notre pays », a-t-elle ajouté.

Sur franceinfo, le lendemain, Aurore Bergé a tenté d’expliciter son point de vue en estimant que le débat sur ce sujet faisait « partie de la liberté d’expression ». « Et donc je crois que le ranger sur le caractère raciste voudrait dire qu’on n’a pas le droit d’en débattre. Moi, je préfère combattre », a-t-elle plaidé.

Un « glissement progressif » de cette théorie vers la droite de gouvernement

Peine perdue, ces propos ont créé l’émoi jusque dans son propre camp. « Hein ? Aurore Bergé, tu expliques qu’une théorie raciste, ça se débat comme une opinion politique ? Le racisme est un DÉLIT », l’a interpellée sur le réseau X la députée Prisca Thévenot, membre comme elle du parti présidentiel Renaissance. « Le grand remplacement n’est pas un débat : c’est une théorie complotiste, qui a motivé des attentats terroristes », a ajouté cette proche du candidat à la présidentielle Gabriel Attal.

Comme le rappelle Nicolas Bancel, historien spécialiste de la colonisation et professeur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne, « la théorie du grand remplacement est de fait entrée dans le débat public ». « Prisée essentiellement, il y a encore quelques années, par des personnalités de l’extrême droite, comme Éric Zemmour, elle a progressivement glissé vers la droite de gouvernement. Maintenant, dire que cette théorie n’est pas raciste, c’est faux puisque ses initiateurs ne s’en sont jamais cachés. La composante raciale est au cœur de cette théorie. Ce qui est hallucinant, c’est que la ministre en charge des discriminations joue l’ambiguïté là-dessus. »

Valérie Pécresse, candidate LR à la présidentielle en 2022, avait également suscité la polémique en citant cette théorie lors d’un meeting.

« C’est une théorie qui, sans aucune ambiguïté, est xénophobe et complotiste »

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