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Le blog de François MUNIER

Histoire du 79ème RI. Rapport Vitalis (4/) Les guerres de la Révolution et de l'Empire (2/2)

13 Septembre 2026 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Histoire du 79ème RI, #Histoire, #1789-1815

Remarques aux lecteurs :

Il s'agit de textes d'époque, reflets des opinions majoritaires et/ou officielles au moment de leur rédaction. Ce ne sont pas forcément mes opinions, et il est donc inutile de polémiquer avec moi si vous ne les partagez pas. Personnellement, je n'approuve ni les guerres coloniales, ni la répression de la Commune de Paris, ni les formulations racistes ("nègres" par exemple) ni en général les guerres de conquête.

L'orthographe des noms propres n'a pas toujours été vérifiée..

Mais j'ai le plus souvent corrigé les noms comme "les anglais" en "les Anglais", etc. J'ai aussi parfois ajouté des accents sur les nom propres écrits en lettres capitales.

J'ai ajouté des liens vers Wikipédia et quelques illustrations (timbres, etc.)

ARMÉE DE L’OUEST - Janvier 1800 à septembre 1802

La 79e demi-brigade ayant quitté PARIS le 1er janvier 1800 fut d’abord destinée à garder la presqu’île de COTENTIN, mais pendant la route, elle reçut l’ordre de se rendre à RENNES où elle arriva le 11. A partir de cette époque, la demi-brigade fut complètement dispersée, fournissant des détachements pour les nombreuses colonnes mobiles qui parcouraient le pays en tous sens. Nous ne les suivrons pas dans toutes les marches et contre-marches, nous bornant à signaler les faits d’armes principaux.

ACTE DE BRIGANDAGE -27 avril 1800

Le Chef de bataillon VERNIER, de la 79e commandait la place de FOUGERES. Le célèbre brigand BOBON, chef d’une bande de révoltés, opérait dans les environs de la ville depuis plus d’un mois et s’y livrait à toutes sortes d’atrocités. On lui tendit de nombreuses embuscades, mais toujours prévenu à temps il échappa aux poursuites. Le 27 avril, le Commandant VERNIER reçut une lettre de BOBON l’invitant à venir dans un bois des environs conférer avec lui au sujet de sa reddition.

Sans méfiance le Chef de bataillon se rendit à cet appel, accompagné du Sergent Major CHAPUIS et d’un civil de FOUGERES nommé GEORGES.

Lorsque, après la conférence, le Commandant voulut se retirer, les brigands sautèrent sur leurs armes et les ajustèrent. Le Sergent Major voulut faire quelques observations, et fut fusillé sur le champ ; le Chef de bataillon fut gardé en otage et GEORGES renvoyé à FOUGÈRES pour demander 10 000 F comme rançon du Commandant VERNIER. Ce dernier aurait été fusillé sans l’intervention de prêtres et de nombreux habitants de FOUGÈRES ; élargi par BOBON le Chef de bataillon rejoignit la 79e à PORT MALO.

Le 25 mai le Capitaine CHITRY, de la 6e Compagnie du 1er bataillon devait rencontrer BOBON dans une auberge au bourg SAINT ETIENNE. BOBON se sauva mais le Capitaine CHITRY le poursuivit et après s’être mis en joue réciproquement se battirent au corps à corps et un conscrit de la Compagnie arrivé en renfort tua le brigand dans les bras du Capitaine.

La situation de la. 79e demi-brigade était malheureuse, répartis par petits groupes, éloignés les uns des autres, ne touchant ni solde ni vêtements, ils tombaient peu à peu dans une misère profonde et c’est en vain que GODART réclamait.

A cette époque la demi-brigade fut obligée de fournir de nombreux détachements à bord des vaisseaux. Tout d’abord, le 2e bataillon fut désigné pour faire partie de l’expédition de l’Amiral VILLARET-JOYEUSE à SAINT DOMINGUE. Parti d’HENNEBONT le 17 juin 1801, le bataillon resta à BREST jusqu’au 24 décembre, époque de son départ pour les colonies. 

1800

La phrase qui suit est un gros mensonge : Bonaparte n'a pas été "rappelé en Europe par les évènements", il a abandonné son armée pour organiser un coup d'État (le 18 Brumaire) (note FM)

Peu de temps après cette éclatante victoire, BONAPARTE rappelé en Europe par les évènements, quittait l’ÉGYPTE, laissant le commandement de l’Armée à KLEBER. Ce départ découragea l’armée et KLEBER signa une convention qui stipulait l’évacuation de l’Égypte et la rentrée en France de l’armée expéditionnaire.

Mais bientôt les Anglais violent la convention et exigent que l’armée française se rende prisonnière. “Soldats, on ne répond à de telles insolences que par des victoires, préparez vous à combattre” s’écrie KLEBER, et l’armée répondit par la victoire d’HELIOPOLIS où 10 000 français dispersèrent 70 000 ennemis (20 mars 1800). La 4e Demi Légère était au nombre des combattants qui, par cette victoire, ajoutèrent une page de plus à la glorieuse histoire des armées de la France.

Le Général KLEBER ayant été assassiné, MENOU lui succéda dans le commandement.

Les Anglais voulant à toute force nous faire évacuer l’Égypte, envoyèrent une nouvelle armée qui y arriva au mois de mars 1801.

L’ennemi ayant débarqué malgré les efforts du Général FRIANT, le Général LANUSSE vint, avec la 69e, les 4e et 18e Légères et le 22e Chasseurs, soutenir ce Général. Tous deux livrèrent un brillant combat près d’ALEXANDRIE le 13 mars. “Dans ce combat, la 4e Demi Légère soutenue par le 22e Chasseurs, s’élançant contre le centre de la ligne anglaise, fit déposer les armes à deux bataillons ennemis”. Cependant le combat resta indécis.

Le. 21 mars, MENOU arriva enfin du CAIRE au secours de FRIANT et de LANUSSE, livra la malheureuse bataille de CANOPE. La division LANUSSE, et par conséquent la 4e Légère, y fit l’admiration de l’armée. Le Général LANUSSE y fut blessé mortellement. Le Général DESTAING, ancien Chef de la 4e Demi Légère; y reçut également une grave blessure et presque tous les officiers supérieurs de la 4e Demi Légère y furent tués ou blessés.

La bataille de CANOPE fut une bataille indécise, mais elle décida du sort de l’expédition. Tous les efforts subséquents ne purent empêcher l’évacuation; toutefois, la bravoure de nos soldats, leur discipline et leur résolution de mourir plutôt que de se déshonorer, leur fit obtenir le retour dans leur patrie avec armes et bagages et avec tous les honneurs de la guerre : voilà ce que peuvent la discipline, la fermeté dans le malheur, la confiance dans les Chefs I

L’ÉGYPTE fut évacuée en août 1801 et la 4e Demi Légère rentra on France après s’être réellement couverte de gloire et avait perdu une grande partie de son effectif par le feu et les maladies. 

1802 - 1805

Pendant cette période, qui fut une période de paix, rien de saillant ne signale l’existence de la 4e Légère qui fut tout occupée à combler le vide fait dans ses rangs et à se préparer pour de nouveaux combats.

En 1803, un décret du 1er Consul décida que la dénomination de Demi Brigade serait remplacée par celle de Régiment et la 4e Demi Brigade devient 4e Régiment d’Infanterie Légère. Le 4e Léger fut appelé à ternir garnison à Paris comme récompense de ses éminents services. 

Son effectif était alors de 600 hommes ; 1450 avaient été fournis aux îles de SAINT-DOMINGUE et de la GUADELOUPE ainsi que 3 Chefs de bataillon.

Au mois de mars 1802, 400 hommes d’infanterie dont 150 de la 79e, en garnison à VANNES, furent encore mis sous les ordres du contre-amiral LACROSSE à LORIENT, pour tenir garnison à bord des frégates la Cornélie et la Cocarde, qui partirent le 20 avril pour la GUADELOUPE.

Heureusement qu’alors la demi-brigade incorpora 480 hommes de la 40e et reçut 180 soldats de la 79e qui rentraient des prisons de CONSTANTINOPLE. Ces malheureux survivants du massacre de PREVEZZA, avaient été détenus dans la plus dure captivité ; employés aux travaux les plus pénibles, beaucoup d’entre eux avaient succombé au service de leur barbare ennemi.

Le Chef de la 79e s’efforça alors de reconstituer sa demi-brigade, si éprouvée depuis quelques temps il y réussit complètement.

Vers le mois d’août la demi-brigade reçut l’ordre de partir pour le midi de la France; au mois d’octobre suivant, le 1er bataillon, à l’effectif de 700 hommes, est à CARCASSONNE, le 3e bataillon (631 hommes) est à NARBONNE, il n’y a plus de 2e bataillon, ce dernier étant à SAINT-DOMINGUE.

LE 2e BATAILLON A SAINT-DOMINGUE

Le 2e bataillon, commandé par le Chef de bataillon TREBOUTTE, débarqua, le 4 février 1802, à l’anse du LIMBE. Désigné pour former l’avant garde, il fournit plusieurs détachements chargés d’éloigner les postes ennemis qui cherchaient à s’opposer au débarquement.

Le lendemain, 5 février, le 2e bataillon de la 79e fut incorporé dans la division du Général DESFOURNEAUX, arrivé au MORNE-ROUGE, il y resta jusqu’au 8 et en partit pour se rendre au HAUT DU CAP. Jusqu’au 18 il longe la Grande Rivière, dans un pays tellement accidenté qu’il fallut renvoyer les voitures. La division s’étant rassemblée à l’EGLISE BLANCHE, on vida les voitures des munitions ; chaque soldat fut alors muni de 100 cartouches.

Par suite de l’ignorance ou de la malveillance du guide, l’arrière garde prit un chemin différent de celui que suivait le gros de la colonne et elle fut obligée de traverser une rivière profonde pour retrouver son chemin. Mais, entourées d’ennemis, attaquées par des postes cachés sous bois, les deux Compagnies de grenadiers repoussèrent vigoureusement les nègres de TOUSSAINT jusqu’au pied du fort dit des CARDINAUX, à proximité de leur camp.

Ne soupçonnant pas la supériorité numérique de l’ennemi (1800 hommes) qu’il avait devant lui, le Général ANDRIEUX donna l’ordre au Commandant TREBOUTTE de monter à l’assaut du fort avec les deux Compagnies de grenadiers et la Compagnie de canonniers. Cette attaque téméraire faillit se transformer en désastre; une forte colonne ennemie barra la route à nos 500 braves qui ne durent. leur salut qu’à leur bonne contenance et à leur fermeté. A force d’audace, ils obligèrent même l’ennemi à rebrousser chemin jusqu’au fort et à se placer sous la protection de son canon. Les grenadiers entraînés par leur ardeur, arrivèrent au pied d’un rocher escarpé et couvert d’épines qui en empêchaient l’accès. Égarés, ils restaient là sous la mitraille lorsque tout à coup une bande nombreuse de nègres, précédée de tambours battant la charge vint couper leur ligne de retraite.

Ils allaient être massacrés, lorsque le commandant nègre et un de ses officiers, s’étant avancés pour s’emparer du Commandant TREBOUTTE furent tués par lui de deux coups de feu à bout portant; effrayés par la mort de leur Chef, les nègres s’enfuirent aussitôt.

La petite colonne française commençait la retraite lorsque 200 pas plus loin, elle rencontra une nouvelle troupe ennemie qu’il fallut traverser à la baïonnette. Dans cette lutte corps à corps, le drapeau du 2e bataillon, gardé seulement par 25 hommes, était entouré par une foule de nègres qui se croyaient déjà vainqueur; le Commandant TREBOUTTE fit sonner le ralliement et se portant au secours du drapeau avec quelques hommes, parvint à le sauver.

Les grenadiers subirent des pertes nombreuses car ils furent obligés de traverser deux fois une rivière sous le feu de l’ennemi embusqué dans les bois. De nombreux officiers furent tués ou blessés, parmi eux le Capitaine Adjudant Major DIDIER, qui eut les deux cuisses traversées par une balle au moment où il rassemblait quelques hommes pour soutenir la retraite dans un passage difficile.

La situation était alors des plus critiques, le nombre des blessés était si considérable qu’on ne pouvait ni les charger sur les quelques mulets, ni les abandonner à l’ennemi, car c’était les vouer à une mort terrible. On vit alors les officiers supérieurs et le Général lui-même mettre pied à terre et donner leurs chevaux, les hommes se mettaient à deux pour porter un camarade, mais la colonne ne marchait plus que lentement.

Le Commandant TREBOUTTE, à la tête des grenadiers et de la Compagnie de canonniers, fit alors face à l’ennemi et parvint à l’éloigner par des feux habilement dirigés. On ne s’arrêta que pour reprendre haleine et la retraite continue dans le même ordre. Après avoir occupé le DONDON le 19 février, le 2e bataillon de la 79e repartit le lendemain, à 3 heures du matin, pour SAINT MIGUEL, où il devait rejoindre la division.

A la crête du morne LAROQUE une sentinelle repéra le bataillon et 300 hommes lui barrèrent le chemin. Le soldat était hors d’haleine, ce qui lui ôtait son aptitude ordinaire de foncer sur l’ennemi à la baïonnette pour ne pas lui laisser le temps de recharger après son premier coup de feu. Malgré toutes ces difficultés, le 2e bataillon reçut l’ordre de marcher directement à l’ennemi et enleva la position avec sa bravoure habituelle. Cependant la situation était toujours critique, il fallait à tout prix rejoindre la division et le chemin à suivre ne permettait que le passage sur un rang pendant 7 lieues. La colonne dut, dans cette formation, traverser un bois et passer trente fois la même rivière ; elle réussit enfin en suivant les traces d’une troupe ennemie, à retrouver la division à SAINT MIGUEL le 23 février.

Le 24 février, à 5 heures du matin, la division vint s’établir près de GONAIVE après avoir battu les grenadiers de TOUSSAINT. Le 26, elle était au bac de l’Ester, d’où elle partit le 2 mars, à 3 heures du matin, pour la Savanne-Brûlée. Le lendemain elle coucha au PETIT CARREAU et en repartit le 4 pour le GRAND CAHOS.

La division fut attaquée au PETIT CAHOS par les troupes du Général DESSALINES. L’affaire ne dura pas plus qu’une demi heure, le terrain ne permettant pas le déploiement, l’avant garde et la 5e légère suffirent seules pour vaincre l’ennemi.

Après différentes escarmouches le 2e bataillon rejoignit le 16 la division à PERETTES et partit le 21 pour assister à la prise du fort de la Crête à PIERROT.

Dans l’évacuation du fort, le bataillon était placé par compagnies aux points où l’ennemi pouvait s’échapper; tous ceux qui se présentèrent furent repoussés à coups de fusil.

Cette campagne pénible continua ainsi jusqu’à la fin de l’année 1802. Par suite des nombreuses pertes subies par les différents corps, une fusion complète s’opéra bientôt entre eux. Cette situation fut régularisée par un arrêté du 2 mai 1803 qui décida que le 2e bataillon de la 79e demi-brigade entrerait dans la composition du 7e régiment d’infanterie de ligne de SAINT-DOMINGUE.

Réorganisation du Régiment : la 79e demi-brigade stationné dans le midi de la France depuis octobre 1802 eut tout le temps de se réorganiser en entier et comme le 2e bataillon était absorbé par le 7e de ligne la 79e ne comprenait plus que 2 bataillons.

Le 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803) l’armée subit une sérieuse modification : les demi-brigades furent supprimées et constituées en régiments à trois ou quatre bataillons.

En exécution de ce décret, la 79e demi brigade devenait 79e régiment d’infanterie de ligne et par suite de l’incorporation de la 77e, le corps était porté à 4 bataillons.

Le 24 octobre 1803, les 1er et 2e bataillons du 79e étaient à SAINTES, les 3e et 4e à BORDEAUX et le dépôt à BAYONNE. Le régiment resta dans le midi jusqu’au mois de janvier 1805.

Le 8 mars 1804, le Colonel GODART reçut l’ordre d’envoyer 5 compagnies prises dans les 3e et 4e bataillons (750 hommes) au FERROL (Espagne). Le vide ainsi provoqué fut bientôt comblé par les recrues qu’on envoya au régiment et, lorsqu’il reçut l’ordre de partir pour l’Italie au commencement de février 1805, le Colonel GODART avait ses 4 bataillons au complet. Le 20 février le régiment est à LYON ; de mars à juin le 1er bataillon est à CASAL, le 2e à VALENCE, les 3e et 4e à LYON ; puis les 4 bataillons se réunissent à CASAL, où. ils restent jusqu’au 3 septembre, époque à laquelle ils vont faire partie de la division de réserve de l’armée d’Italie. 

ARMÉE D’ITALIE ET DE NAPLES

Avant son départ pour l’armée d’Italie, le 79e fut inspecté par le Général de division CHABOT, inspecteur général, qui écrivit le 1er septembre au ministre de la guerre: “Je n’ai que le rapport le plus satisfaisant à vous faire sur le 79e régiment qui est à CASAL. L’esprit et la discipline de ce corps ne laissent rien à désirer ; l’administration en est bonne et conforme aux règlements et les tenues des plus belles ; il a fait de grands progrès dans son instruction qui est maintenant à sa perfection”.

Le 3 septembre, le 79e part de CASAL dans les meilleures conditions et se rend à BRESCIA par VERCEIL et MILAN, à l’effectif de 108 officiers et 1644 hommes. Le 18 du même mois, il est placé dans la division de réserve commandée par le Général MOLITOR.

Le 79e fait brigade avec le 60e sous les ordres du Général VALORY ; le 23 la situation détaillée du régiment est la suivante:

  OFFICIERS HOMMES
Effectif  86 1 471
Au dépôt à NOVARE  27 142
En recrutement 7 43
Aux hôpitaux 2 204

Le régiment a 15 officiers et 614 hommes embarqués au FERROL ; il a aussi 4 officiers et 72 hommes au fort de VERONNE. Notons en passant, l’ordre du Maréchal MASSÉNA daté du 5 octobre 1805 et adressé par le Général CARPENTIER, Chef de l’État-major Général, à M. le Général MOLITOR : “Je vous préviens, mon Cher Général, que l’intention de M. le Maréchal Général en Chef est qu’il soit formé des compagnies d’éclaireurs par régiment d’infanterie. On choisira 25 hommes par bataillon parmi les anciens soldats les plus ingambes et les plus braves

Cependant les hostilités n’étaient pas encore commencées, le Maréchal MASSÉNA écrivait en effet au Général MOLITOR, le 13 octobre, que d’après les instructions qu’il avait reçues, il avait été conclu entre l’armée française et l’armée autrichienne une convention particulière portant qu’il ne pourrait être exercé aucun acte hostile qu’après qu’on se serait prévenu six jours à l’avance. Or cette convention expirait le 14 à midi. Nous devons dès lors nous considérer comme en état de guerre et nous tenir prêts à agir en conséquence.

Du 14 au 29 octobre, l’armée française était sur le qui-vive et s’éclairant avec soin en avant d’elle et vers l’Adige. Les troupes étaient sous les armes une heure avant la point du jour jusqu’à la rentrée des découvertes ; elles se tenaient en tout temps prêtes à marcher au premier signal.


BATAILLE DE CALDIERO -30 octobre 1805

Enfin, le 30 octobre, le Maréchal MASSÉNA se décidait à attaquer et adressait au Général MOLITOR l’ordre suivant

“Le Général MOLITOR se postera avec sa division sur les hauteurs de CODOGNOLA. Il longera la crête en se dirigeant sur sa droite pour prendre en flanc les redoutes de l’ennemi. Le Général MOLITOR aura soin de se faire éclairer sur sa gauche et de tenir ses troupes le plus réunies qu’il sera possible. Le Général MOLITOR aura soin de me donner de ses nouvelles à VAGO et me fera prévenir du moment où il pourra commencer à attaquer”.

Le Général MOLITOR partit aussitôt ; voici un extrait du rapport qu’il fit au Maréchal MASSÉNA après l’action.

“J’envoyai l’ordre de me suivre au Général de brigade VALORY qui se trouvait, avec le 79e régiment, à l’extrême droite de ma division et, sans attendre que les Généraux de LAUNAY et VALORY axent effectué leur mouvement, je me portais avec les trois premiers bataillons du 60e régiment au devant de la colonne autrichienne que ce mouvement exécuté avec résolution fit reculer dans les retranchements, lorsque je m’aperçus qu’au lieu d’être suivi et soutenu par le Général VALORY avec le 79e, mes derrières étaient harcelés et attaqués par la cavalerie ennemie.

Cependant le 79e régiment qui, au commencement de l’action, se trouvait à la gauche de la division GARDANNE et s’était laissé entraîner à prendre part à la lutte que soulevait cette division, profita avec ardeur et bonheur de sa position de flanc pour charger à revers les assaillants de la division GARDANNE; il fit mettre bas les armes à un bataillon ennemi et contribua à faire un plus grand nombre de prisonniers”.

Récit de la bataille de CALDIERO (extrait de la correspondance du Colonel GODART).

“Le lendemain, 8 brumaire, le Maréchal qui nous commandait fit placer trois divisions en ordre de bataille, en attendant les rapports de nos deux autres divisions qui manœuvraient sur nos flancs et sur ceux de l’ennemi.

Le Prince Charles nous fit aussitôt attaquer de front; nos divisions du centre furent repoussées. Celle dont le faisais partie (division MOLITOR) tenant la gauche, reçut l’ordre de se porter en avant. Je commençais mon mouvement avec mes 14 compagnies de fusiliers, faisant face au flanc droit d’une colonne ennemie de 4 000 à 5 000 hommes qui marchait sur la grande route pour soutenir ses tirailleurs ; arrivé à 150 pas de cette colonne, je fis faire une décharge de mousqueterie et fis ensuite foncer dessus à la baïonnette et au pas de charge.

Jamais déroute ne fut plus complète ; je fis près de 1 200 prisonniers dont une quarantaine d’officiers. On apercevait un régiment de hussards ennemis qui venait au secours de cette colonne, cachant sa marche à la faveur d’un village où nous avions, heureusement, six de nos compagnies postées ; à peine ce régiment fut-il arrivé à demi partie de balle du village que ces compagnies firent une décharge qui le fit promptement rétrograder et nous sauva d’un assez mauvais pas, puisque cette cavalerie manœuvrait de manière à nous couper par nos derrières.

La retraite de cette colonne, dont j’avais réussi à prendre tant de prisonniers, celle du régiment de hussards qui venait à son secours, changèrent entièrement la face des choses. Nos divisions, qui étaient déjà elles-mêmes en retraite, revinrent à la charge et nous repoussâmes l’ennemi jusque dans ses retranchements de CALDIERO ; nous l’y maintînmes et nous restâmes maître du champ de bataille.

Je perdis dans cette journée 127 sous-officiers et soldats tués ou blessés, plusieurs officiers blessés grièvement et presque tous généralement furent, ou touchés légèrement, ou eurent leurs habits criblés de balles. Pour ma part j’eus mon chapeau percé d’un biscaïen et trois balles percèrent mes habits, très heureux d’en être quitte à si bon marché”.

A la suite de la bataille de CALDIERO, le Prince CHARLES, craignant d’être tourné, évacua précipitamment ses positions le 1er novembre.

Le 79e faisant toujours partie de la division MOLITOR, se trouve le 11 novembre sur la route de VALVASONE à TORRE ; le 1er décembre, il est à GORIZIA.

Le 11 du même mois, l’armée d’Italie, par ordre de l’Empereur, devient le 8e corps de la Grande Armée.

La division MOLITOR reste alors aux environs de LAYBACH jusqu’à la signature du traité de paix de PRESBOURG le 26 décembre 1805.

Le 79e va, peu de temps après, remporter de nouveaux lauriers à l’armée de Dalmatie mais avant de le suivre dans cette pénible campagne, rejoignons le détachement de 5 compagnies que le Colonel GODART avait envoyé au FERROL (Espagne) avant de partir pour l’Italie, le 8 mars 1804.


BATAILLE NAVALE DE TRAFALGAR - 8 octobre 1805

A l’époque où le régiment se couvrait de gloire à CALDIERO, les 600 hommes détachés contribuaient vaillamment à la bataille de TRAFALGAR. Moins heureux que leurs frères, ces braves ont succombé au poste d’honneur sans avoir l’ivresse de la victoire, mais le récit de leurs hauts faits montre suffisamment qu’ils méritaient un sort plus heureux; 9 officiers tués ou blessés, 180 sous officiers tués ou noyés, 237 disparus, telles sont les pertes du 3e bataillon à la bataille de TRAFALGAR.

Le détachement fourni par le 79e était composé des cinq compagnies suivantes 1er, 2e, 3e et 4e compagnies du 3e bataillon, une compagnie fournie par le 4e bataillon. Arrivées au FERROL, ces compagnies furent embarquées sur les navires de l’Amiral VILLENEUVE comme compagnies de garnison ; les 1er et 3e à bord du REDOUTABLE, le vaisseau amiral, les autres sur le FOUGUEUX et sur 1’ARGONAUTE.

A la suite de cette sanglante bataille, 204 hommes, seuls survivants des cinq compagnies du 79e, purent échapper aux Anglais.

Ayant réussi à débarquer sur les côtes d’Espagne, ils furent réunis au détachement et rejoignirent le régiment au mois de juillet 1806, au début de la campagne de Dalmatie. 

Austerlitz

Austerlitz

4. RÉGIMENT D’INFANTERIE LÉGÈRE

1805 - Bataille d’AUSTERLITZ

Après trois ans d’un repos bien mérité, le 4e Léger commandé par le Colonel BAZANCOURT, fut appelé à l’armée de BOULOGNE. fl y fit partie de la division GAZAN qui formait avec les grenadiers d’OUDINOT, l’avant garde de l’armée.

Voici en quels termes s’exprime sur cette avant garde l’historien du Consulat et de l’Empire. “Formant un corps de la plus belle Infanterie, elle était appelée à l’honneur de se jeter la première sur la côte d’Angleterre sous l’impulsion entraînante de L.ANNES et d’OUDINOT”.

Marcher les premiers à l’ennemi a toujours été considéré, en effet, comme un honneur dans l’armée française et cette noble tradition, à nous transmise par nos anciens du 4e Léger, nous devons la conserver si nous vouions rester digne d’eux.

Forcé d’abandonner son projet de descente en ANGLETERRE, NAPOLÉON dirigea son armée contre l’AUTRICHE. Elle prit le nom de GRANDE ARMÉE, qui a été consacré par l’histoire. Elle était divisée en sept corps. Le corps de LANNES auquel appartenait le 4e Léger, forme le 5e Corps. Par une marche restée célèbre dans l’histoire, l’armée se porta en 20 jours de BOULOGNE sur le RHIN. LANNES passa le Rhin à STRASBOURG. NAPOLÉON, par une manœuvre rapide porta son armée sur le DANUBE entre les Autrichiens établis à ULM et les Russes qui venaient à leur secours.

La division GAZAN, par conséquent le 4e Léger, un instant détaché du 5e Corps pour être adjoint au 6e sous le commandement du Maréchal NEY prit part à toutes les marches et à tous les combats qui amenèrent la capitulation d’ULM.

Le 4e Léger peut donc inscrire dans ses annales, les éloges adressées à la Grande Armée par NAPOLÉON et dont nous détachons ce qui suit: “Soldats de la Grande Armée, en quinze jours vous avez fait une campagne. De cent mille hommes qui composaient l’armée ennemie, soixante mille sont prisonniers.

200 pièces de canon, 90 drapeaux, tous les généraux sont on notre pouvoir. Soldats, ce succès est dû à votre confiance sans bornes dans votre Empereur, à votre patience à supporter les fatigues et les privations et à votre intrépidité...”

Les Autrichiens vaincus, NAPOLÉON lança aussitôt son armée à la rencontre de l’armée russe. Dans cette marche sur VIENNE, la division GAZAN fut détachée du 5e Corps et placé sur la rive gauche avec la division DUPONT sous les ordres du Maréchal MORTIER. Les Russes battus à AMSTETTEN par LANNES et MURAT traversèrent le DANUBE à KREMS dont ils détruisirent le pont. ils surent bien vite que le Maréchal MORTIER était isolé sur la rive gauche avec les deux divisions DUPANT et GAZAN et ils résolurent de l’attaquer.

Le 14 novembre, la division GAZAN qui tenait la tête de la colonne bien en avant de la division DUPONT, rencontra un corps de 40 000 Russes à DIRNSTEIN. Sans attendre l’arrivée de la Division DUPONT, on engagea la lutte et on s’avança jusqu’à un village nommé STEIN situé en avant de DIRNSTEIN. Les positions enlevées on cru pouvoir se reposer, mais le soir même la lutte recommença. Le 4e Léger déployé en tirailleur fait des prodiges de valeur; 15 000 Russes ayant tourné la division et occupant DIRNSTEIN, le péril était extrême. Entouré de partout la division GAZAN semblait perdue. Le Maréchal MORTIER la forme alors en colonnes serrées et ordonne de rétrograder sur DIRNSTEIN, en se faisant jour à la baïonnette. La colonne s’ébranle, le 4e Léger on tête; le Maréchal, l’épée à la main, excite les soldats ; plutôt mourir que de se rendre tel est le sentiment de ces braves soldats. Tout à coup on entend une vive fusillade de l’autre côté de DIRNSTEIN, c’était la division DUPONT qui arrivait sur le théâtre du combat ; par un effort décuplé les deux divisions entrent on même temps dans DIRNSTEIN, se rejoignant ainsi à travers l’ennemi sur le champ de bataille. Le lendemain NAPOLÉON, par un ordre du jour, témoignait sa satisfaction aux 4e et 9e Léger et aux 32e et 109e de Ligne pour leur intrépidité au combat de DIRNSTEIN.

Cet historique nous a offert déjà de bien nobles exemples à suivre et nous on offrira encore, mais peut-il on exister de plus grand?

Enveloppés par 40 000 ennemis, les 4 régiments de la division GAZAN repoussent avec horreur l’idée de mettre bas les armes et par leur bravoure sortent victorieux de cotte lutte inégale. “Les soldats s’embrassaient de joie”, dit l’historien du Consulat et de l’Empire et nous répétons avec lui que ce sont des exemples de travaux qu’il faut à jamais recommander à une nation (à la suite de ce combat, le Colonel BAZANCOURT du 4e Léger fut nommé Commandeur de la Légion d’Honneur et le Major GUYARDET, Colonel du 13e de Ligne).

La capitale de l’Autriche tomba bientôt au pouvoir de l’armée de NAPOLÉON. Pendant qu’il marchait contre l’armée russe, on confia la garde aux divisions DUPONT et GAZAN afin qu’elles puissent s’y refaire de leurs blessures. La division GAZAN avait perdu à DIRNSTEIN la moitié de son effectif.

Le 4e Léger n’eut donc pas l’honneur de combattre à AUSTERLITZ, mais il n’en a pas moins contribué dans une large part au succès de la magnifique campagne de 1805 ; et sa conduite à DIRNSTEIN montre suffisamment qu’il était en tout point digne de figurer à côté des troupes les plus braves de la Grande Armée.

Aussi pouvons nous inscrire dans notre historique ces belles paroles adressées par NAPOLÉON à son armée le lendemain de la Grande Victoire : “Soldats, je suis content de vous, vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire.” 

Histoire du 79ème RI. Rapport Vitalis (4/) Les guerres de la Révolution et de l'Empire (2/2)

A son retour de la campagne d’AUSTERLITZ, le 4e Léger vint tenir garnison à Paris. il y resta jusqu’au mois de septembre 1806 époque où il fut appelé à MAYENCE pour faire partie du 8e Corps de l’armée destinée à agir contre la Prusse et la Russie. Il était toujours sous les ordres du Colonel BAZANCOURT. Le 8e Corps placé sous les ordres du Maréchal MORTIER ne prit pas part aux premières opérations de la campagne. il ne partit, on effet, de MAYENCE qu’après les victoires d’IENA et d’AUERSTAEDT; mais il y avait encore des lauriers à cueillir. Il fut d’abord chargé d’occuper la HESSE et de désarmer l’armée hessoise. Cette opération terminée et NAPOLEON ayant décidé de marcher vers la POLOGNE contre l’armée russe ; le 8e Corps entra en HANOVRE avec mission de garder BERLIN et la PRUSSE, et de protéger l’armée contre les tentatives de débarquement des suédois. Le quartier général du 8e Corps s’établit à HAMBOURG, et des fractions de troupes furent employées au Sièges de HAMELN en HANOVRE puis de STRALSUND en POMÉRANIE. Les compagnies de voltigeurs du 4e Léger se distinguèrent lors d’une sortie faite par les Suédois enfermés dans STRALSUND et furent cités par le Maréchal MORTIER dans un ordre du 11 mars 1807 comme ayant conjointement avec une compagnie du 58e résisté aux efforts de 15 000 Suédois. Dans ce rapport, sont cités nominalement comme s’étant particulièrement distingués: GUIGNA Sergent, DRUET Caporal, MAGNE Chasseur, ALIGNIER Chasseur, DURONSSET Chasseur, NATHON Chasseur, NOLLET Chasseur, SERVIERES Chasseur et OFFRAY Tambour.

Cette affaire conduite par le Capitaine BARRAL mérita les honneurs de l’ordre du jour de l’armée et l’EMPEREUR accorda à ces 9 compagnies do voltigeurs 9 croix de Chevaliers de la Légion d’Honneur (ordre du jour du 20 mai 1807).

Le 4e Léger se distingua encore dans les combats qui eurent lieu entre les troupes du Maréchal MORTIER et les Suédois sur les bords de la PEEN, on avril 1807, combats où il prit 9 canons et une compagnie entière d’artillerie légère.

Après la bataille d’EYLAU, le corps du Maréchal MORTIER prit ses cantonnements depuis BREME jusqu’à STETTIN. Mais un nouveau corps d’armée donné au Maréchal BRUNE, remplaça le 8e Corps dans la POMÉRANIE et celui-ci fut rapproché du théâtre des opérations, c’est à dire de la VISTULE. Les opérations ayant recommencé, les Russes furent, poursuivis jusqu’à FRIEDLAND où ils se décidèrent à livrer bataille. Les troupes des Maréchaux LANNES et MORTIER formant la gauche de l’armée culbutèrent l’aile droite de l’armée russe. Le 4e Léger cueillit dans cette campagne sa part de gloire et c’est avec le droit le plus légitime que l’on avait inscrit sur son drapeau le nom de la grande bataille de FRIEDLAND.

La campagne terminé, le 4e Léger occupa la Silésie puis les Villes Hanséatiques et rentra en France à la fin de l’année 1807.

En novembre 1807, il revint tenir garnison à Paris d’où il était parti un an auparavant. il n’y fit pas un long séjour, car on novembre même, un bataillon fut détaché pour faire partie du corps expéditionnaire du PORTUGAL, placé sous le commandement du Duc d’OBRANTES. Le bataillon fut placé dans la division LOISON; quant aux deux autres bataillons, ils furent envoyés au camp de RENNES en janvier 1808. Ils y restèrent jusqu’en juillet. Pondant ce séjour, le Colonel BAZANCOURT, nommé Général, fut remplacé par le Colonel CORSIN.

Le régiment fut à cette époque porté à 5 bataillons, 1 de dépôt et 4 petits dont un au PORTUGAL.

En juillet, les trois bataillons campés à RENNES furent appelés à BAYONNE et entrèrent dans la division MOUTON du corps de BESSIERES chargé de protéger le roi JOSEPH pendant la marche sur MADRID. 

CAMPAGNE DE DALMATIE - Janvier 1806 à juillet 1809

Le traité de PRESBOURG avait cédé la Dalmatie au royaume d’Italie, qui devait y installer une administration civile relevant du gouvernement royal de MILAN; la France allait fournir les troupes d’occupation. La remise des provinces cédées à l’Italie devait s’effectuer du 30 janvier au 28 février.

MOLITOR, parti du FRIOUL au milieu de janvier avec les 5e, 23e et 79e de ligne, arrivait à TRIESTE le 31 du même mois et y attendait LAURISTON qui, étant allé prendre possession de VENISE, devait l’y rejoindre.

MOLITOR traversa la Croatie sans trop de difficultés et arriva le 20 février à ZARA, mais là, il apprit que les Russes avaient pris possession de tous les forts des bouches du CATTARO.

Ne se croyant pas an état de les attaquer immédiatement, il résolut d’attendre des secours et dispersa ses troupes au cantonnement pour qu’elles puissent trouver les logements et les vivres.

La situation du 79e, au 1er mars 1806 était la suivante L’Etat-major cantonnait à SEBENICO et à ZARA. le 1er bataillon à ZARA, le 2e à SEBENICO, le 3e à SCARDONA, le 4e au dépôt à SEBENICO.

L’effectif était très élevé : 89 officiers et 2220 hommes présents sous les armes. Depuis le mois d’octobre 1805 le 79e avait reçu an effet 15 engagés volontaires et 796 recrues.

MOLITOR avait alors sous la main les 5e, 23e, 79e et 81e de ligne, mais son artillerie et ses munitions étaient restés en arrière, n’avançant que très lentement à travers la Croatie.

A la fin du mois de mars, la situation des troupes françaises n’était pas bonne ; comme nous venons de le voir, elles manquaient de matériel et de munitions ; elles vivaient sur le pays et logeaient chez l’habitant. De graves épidémies les décimaient journellement et on comptait alors jusqu’à 35 malades par compagnie.

Les Russes, auxquels le gouverneur autrichien GHISLIERI avait livré la province qu’il était chargé de remettre aux français, encouragés par l’inaction du Général MOLITOR, attaquèrent à plusieurs reprises les Îles dalmates.

Enfin, les ordres de l’Empereur arrivèrent ; l’ancien 8e corps de la Grande Aimée devenait armée de Dalmatie à la date du 16 avril 1806. MOLITOR allait prendre l’offensive.


SIÈGE DE RAGUSE PAR LES RUSSES ET LES MONTENEGRINS

LAURISTON partit aussitôt avec les 5e et 23e de ligne, deux compagnies d’artillerie, dont une italienne, pour prendre possession des bouches du CATTARO en traversant l’Etat de Raguse.

Le 28 mai, RAGUSE est occupée, mais il fallait alors atteindre CASTEL-NUOVO et CATTARO, refouler les monténégrins dans leurs montagnes et forcer les Russes à se rembarquer. C’était trop pour LAURISTON, qui se vit arrêté dans son offensive et rejeté dans RAGUSE où il n’eut que le temps de se renfermer.

C’est alors que, bloqué par 3000 Russes et une masse de paysans monténégrins, il dut soutenir un siège de 20 jours avec 1800 hommes à peine.

La situation de LAURISTON était déjà désespérée lorsque le 17 juin, ayant tenté une sortie à BERGATTO, il subit un nouvel échec et ses troupes, mises en déroute, furent rejetées dans RAGUSE.

On avait heureusement eu le temps d’envoyer à MOLITOR, pendant la retraite, un courrier porteur d’une dépêche représentant la situation comme extrêmement critique.

Ne perdant pas un instant, MOLITOR prit ses dispositions pour se porter au secours de LAURISTON mais l’état sanitaire était déplorable et les secours envoyés à l’armée de Dalmatie n’étaient pas encore arrivés.

Obligé de laisser le 60e, fatigué par une longue marche, ne pouvant compter sur le 8e léger, encore en route, MOLITOR n’avait à disposer que du 79e et des compagnies d’élite du 81e, car ce régiment était décimé par les maladies.

Le Général en Chef avait écrit le 5 juin précédent: “je dois ménager le 79e qui est le seul corps de résistance de ma division; ce régiment forme en ce moment l’unique réserve du corps de Dalmatie”.

Outre mon régiment, qui était composé de 1432 hommes, écrit le Colonel GODART, il y avait encore 300 hommes du 81e régiment avec leur colonel, 25 hommes du 23e avec le colonel de ce régiment qui voulait le rejoindre à RAGUSE, 78 hommes des chasseurs d’Orient ainsi que 300 dalmates du canton de la NARENTA ; en tout 2123 hommes.

Nous avions à combattre à peu près 3000 monténégrins, près de 3000 Russes avec leur escadre, composée de 8 à 9 vaisseaux de ligne, et 300 révoltés du CANALI.

Les troupes de secours partirent le 4 juillet après midi ; tous les soldats du 79e, pour être plus lestes à grimper les montagnes, avaient laissé leurs gros effets à STAGNO et n’étaient chargés que d’une paire de souliers et des munitions de guerre et de bouche.

MOLITOR commença par payer généreusement un paysan qu’il envoya au Général LAURISTON, à RAGUSE, porteur d’une lettre dans laquelle il annonçait son arrivée avec 12 000 à 13 000 hommes pour débloquer la place. Son avant-garde disait-il, était composé du 79e et de quelques autres détachements.

Le paysan, comme on le pense bien, fut arrêté, fouillé, et sa dépêche remise à l’amiral russe. Ce dernier, rempli d’inquiétude à la suite de la lettre de MOLITOR, commença à craindre de ne pouvoir résister longtemps ; il n’hésita plus lorsqu’il tomba dans le nouveau piège que lui tendit le Général français.

L’avant garde avait commencé l’action vers 2 heures ; il y avait au-delà de la rivière d’Ombla une partie découverte qu’on voyait très distinctement des positions russes et le chemin suivait le pied d’une muraille de rocher derrière laquelle on pouvait passer sans être vu.

MOLITOR donna l’ordre à 2 compagnies de défiler en colonne dans ce passage puis, dès que les soldats seraient hors de vue de l’ennemi, ils rebrousseraient chemin, reviendraient au point de départ en se dissimulant derrière les murs de rochers et repasseraient à nouveau. Ce manège dura plusieurs heures et les officiers russes, qui observaient les mouvements des français, purent constater le passage de plusieurs régiments.

L’État-major averti n’attendait pas plus longtemps et donna l’ordre d’évacuer immédiatement les batteries de SAINT SERGE.

Pendant ce temps, les voltigeurs enlevaient à la baïonnette les hauteurs de trois montagnes qu’occupaient les monténégrins. Le 1er bataillon, à la tête duquel se trouvait le Général DELZONS, s’emparait d’un petit fort occupé par les Russes.

Le Colonel du 79e et le 2e bataillon étaient en réserve sur les hauteurs de BERGATTO.

Les Russes battirent alors en retraite sur POSANKA, mais nos soldats, exaspérés par le souvenir des cruautés exercées sur le cadavre du Général DELZORGUES (tué le 17 juin) s’élancèrent sans tirer jusqu’à MALINI où le 1er corps russe les arrêta un instant. Craignant d’être coupé, ce dernier abandonna BERGATTO et se retira sur POSANKA. Le 79e s’empara pendant la retraite des Russes, de 4 canons, 3 mortiers et de leurs bagages ; il était 7 à 8 heures du soir.

Culbuté, l’ennemi se replia sur GRAVOSA, où il s’embarqua à bord de ses navires. Vers 6 heures du soir, le Général MOLITOR voyant que les Russes cédaient du terrain, fit venir à lui le lieutenant CALMAIN du 79e et le chargea de traverser les lignes ennemies pour aller avertir le Général LAURISTON de l’arrivée de l’armée de secours. Cet officier réussit dans sa mission et fut cité à l’ordre du jour.

La marche sur RAGUSE et la délivrance de la place constituait l’opération la plus pénible et la plus remarquable de la campagne de Dalmatie. Plusieurs soldats du 79e moururent de soif pendant la route, d’autres furent obligés de boire leur urine pour se désaltérer.

L’Empereur, pour montrer sa satisfaction au 79e, lui accorda six décorations sur douze ; il en ajouta dix peu de temps après et fit proposer les chefs de bataillon LECOUSTURIER et DELAYANT pour le grade supérieur.

Voici la lettre élogieuse que le Général MOLITOR adressait au Colonel GODART quelques jours après l’action.

Général MOLITOR au Colonel GODART Commandant le 79e régiment d’infanterie de ligne.

Je vois avec bien du plaisir, Colonel, que d’après le compte que j’ai rendu au vice-roi de la conduite distinguée de votre brave régiment à la journée de RAGUSE et d’après le rapport avantageux que S.A.R. a fait à l’Empereur, S.M. a bien voulu nommer membre de la Légion d’Honneur les militaires dont les noms suivent, savoir:

MM. BASIN - Capitaine de voltigeurs

FITTES - Sous Lieutenant de grenadiers

GUGUERES - Sous Lieutenant de grenadiers

PORCHERON - Sergent de voltigeurs

CHASLARD - Sergent de voltigeurs

HURET - Sergent

Vous trouverez ci-joints les brevets de ces légionnaires, j’aurais bien désiré les leur remettre moi-même, mais puisque l’éloignement me prive d’une si douce satisfaction, je ne puis mieux les confier qu’au Chef de ces braves et je les remets entre vos mains. Dites leur, je vous prie, combien je m’estime heureux d’avoir contribué à faire récompenser leur valeur et leur dévouement.

Sa Majesté a voulu que outre ces récompenses, dix autres légionnaires fussent nommés dans le 79e régiment et vous ne tarderez sans doute pas à recevoir la demande de ces propositions. Si cette demande m’est adressée, je profiterai avec empressement de cette circonstance pour vous proposer au grade de commandeur.

Dans le cas contraire, je ne doute pas que M. le Général LAURISTON ne vous rende la même justice.

Rappelez-moi, Colonel, au souvenir de tous vos officiers, dites leur combien je leur suis attaché, ainsi qu’à tous vos braves soldats, et recevez l’assurance de mon estime.

Signé : MOLITOR.

Le Général MARMONT prend le commandement de l’armée de Dalmatie. Après la délivrance de RAGUSE, le 79e vit ses bataillons ainsi répartis le 1er bataillon à CLISSA, le 2e à DERNIS, le 3e à TRAU, le 4e à ZARA ; le 3e bataillon venait de recevoir 204 hommes en renfort; derniers débris du détachement qui s’était si vaillamment distingué à TRAFALGAR.

MOLITOR venait de remettre la Dalmatie à MARMONT, son successeur, qui, dès son arrivée, dans les premiers jours de juillet, s’occupa d’organiser son armée qu’il trouvait dans un état sanitaire déplorable, les décès atteignaient le chiffre de 250 par mois. Il s’en plaignit à l’Empereur “je dois cependant, disait-il, distinguer le 79e, qui mérite une exception”. La situation du régiment était en effet excellente, car le 24 juillet il comptait présent sous les armes 105 officiers et 2270 hommes.

Le 8 août, un décret de l’Empereur, en date du 11 juillet, prescrit de renvoyer dans l’intérieur du royaume d’Italie, à PADOUE, tous les 3e et 4e bataillons des régiments de Dalmatie, pour y être formés en brigades de dépôt. Le 15, on extrait des 3e et 4e bataillons les officiers, sous-officiers et caporaux nécessaires pour porter au complet tous les grades des deux bataillons de guerre, et on prend au dépôt tous les hommes instruits ou non instruits en état de faire un service actif. Enfin, le 8 septembre, les deux bataillons de guerre, forts de 62 officiers et 1787 hommes sont le 1er à MIKILICHI, le 2e à PIOLICZI, les 3e et 4 bataillons sont en route pour PADOUE, comprenant 12 officiers et 300 hommes.

Un dépôt vient d’être formé à CASTEL-VECCHIO pour y réunir les hommes sortant des hôpitaux.


COMBAT DE DEBELIBRIEG -30 septembre 1806

MARMONT qui était arrivé à RAGUSE le 30 juillet, apprit le 29 septembre que les Russes, ayant reçu des renforts de CORFOU, se trouvaient en force à CASTEL-NUOVO.

Il laissa à RAGUSE les éclopés et partit avec 5000 hommes. Après une marche de nuit retardée par la pluie, les troupes françaises se trouvèrent au levé du jour à GRUDA, à peu de distance de DEBELIBRIEG, où l’on savait trouver les Russes. Là, MARMONT, poursuivant des bandes de paysans, suivit le flanc des coteaux et tourna les positions fortifiées des Russes.

Le 79e, formé en colonne serrée, fut porté en avant, mais gêné par de nombreux obstacles, en un instant, le régiment entier ne forma plus qu’une seule ligne de tirailleurs. Le Général en Chef s’en étant aperçu, s’y porta en personne, fit rallier le régiment et avancer en colonne le 23e et le 18e.

Le 79e fut porté et mis en bataille sur la hauteur la plus rapprochée; le 23e reçut l’ordre de déboucher dans la plaine en colonne serrée ; et le 79e, celui de protéger, par un feu de deux rangs bien soutenus, le mouvement offensif du 23e.

Les Russes eurent au moins, dans cette affaire, 500 hommes blessés et 250 tués ; nous leur fîmes 200 prisonniers. Nous eûmes 25 tués et 130 blessés; la faiblesse de cette perte fut due à la vigueur de nos soldats et à la célérité de nos mouvements.

Le lendemain 1er octobre 1806, MARMONT se dirigeait par PRJEVOR, MOJDEZ et MOKRINE, vers le plateau de KAMENO, qui domine CASTEL-NUOVO du côté Nord.

Les hauteurs étant enlevées par les troupes d’élite et le 11e régiment, la colonne qui agissait par la vallée déboucha et arriva sur une ligne de 4 000 Russes rangés en bataille ; le 79e forme en colonne se précipite aussitôt sur cette ligne et l’ébranle. Le 23e arrive, le Général DELZONS à sa tête; le Général MARMONT lui fait prendre la droite, fait déployer le 79e en l’appuyant aux hauteurs de la gauche et, pendant que ce dernier régiment entretient un feu de mousqueterie très nourri avec l’ennemi, il ordonne au 23e de charger en colonne.

A CASTEL-NUOVO, dit le Colonel GODART, on se battit à la baïonnette avec un acharnement incroyable ; les officiers et soldats se tenaient au collet avec les Russes. L’ennemi, bien supérieur en nombre, allait finir par écharper ou prendre mes deux bataillons, qui s’étaient lancés avec trop d’ardeur, lorsque le Colonel MIMAL, du 23e accourt à leur secours et, conjointement avec eux, culbute les russes. Bientôt nous nous emparâmes d’un second manchon et chassâmes de position en position l’ennemi, qui n’eut que le temps de s’embarquer.

Le Général en Chef adressa au Colonel des compliments sur le courage et la vigueur des admirables tirailleurs du 79e.

Au plus fort de la lutte corps à corps, le sous-lieutenant COURTOT, du 79e, fut blessé en s’emparant d’un drapeau russe.


ANNEES 1807-1808

Après la bataille, le 79e bivouaqua à VITAGLIONA, sur les hauteurs de CASTEL-NUOVO. Il partit de là vers le 10 octobre pour aller prendre ses quartiers d’hiver à VIEUX-RAGUSE; son effectif était alors de 63 officiers et 1708 hommes.

Le 20 juillet 1807, MARMONT fut informé que la paix était signée depuis le 8, à TILSTT, entre la France et la Russie, et que les bouches du CATTARO allaient être livrées aux troupes françaises.

LAURISTON y fit son entrée le 16 août à la tête de 2 bataillons du 23e, d’un bataillon du 79e, d’une compagnie et demie d’artillerie et d’un détachement du génie.

Le 26 septembre 1808, un bataillon du 79e à la tête duquel se trouvait le Général DEVIAU, fut chargé de protéger l’entrée dans OTTOWO de vivres et d’auxiliaires ; il y eut un combat contre les paysans et OMER-BEY ,un des frères d’HADJI-BEY, sultan du pays, y fut tué.

A la suite de cette action, le lieutenant ESPERANDIEU fut cité à l’ordre pour avoir été blessé d’un coup de feu à l’épaule, en défendant deux pièces de canon qui étaient environnées d’ennemis. 

1809 - NOUVELLE GUERRE AVEC L’AUTRICHE

Le 14 janvier 1809 NAPOLÉON écrivait de VALLADOLID au vice-roi d’Italie pour lui donner ses instructions en vue d’une guerre contre l’Autriche. MARMONT devait pouvoir se porter en avant avec toutes ses troupes disponibles, ne laissant en Dalmatie que les hommes absolument indispensables, et attaquer par son flanc gauche l’armée autrichienne qui chercherait à défendre la ligne de l’ISONZO.

Laissant en Dalmatie le 60e, un bataillon d’infanterie italienne, un bataillon dalmate et tous ses invalides, MARMONT se trouva en fin de mars à la tête de 9500 hommes formés en deux divisions ; la 1ère commandée par le Général MONTRICHARD, le 2e, dont faisait partie le 79e, commandée par le Général CLAUSEL.

Le corps d’armée était réuni entre ZARA et KNIN, sur les frontières de la Croatie autrichienne ; il y resta cantonné environ un mois. MARMONT commença les hostilités à la fin d’avril; après avoir franchi la Zrmanja et livré plusieurs batailles à notre avantage, le corps d’armée se trouva le 21 mai en vue de GOSPIC, où s’étaient rassemblées les forces autrichiennes.

GOSPIC est situé à la réunion de 4 rivières ; de quelque côté qu’on se présente, il est nécessaire d’en passer deux. Ne voulant pas attaquer de front, MARMONT se prépare à tourner la position pour menacer la retraite de l’ennemi. Il fallait à cet effet passer une des rivières à la portée de son artillerie, située de l’autre côté de la Lika. Pour rétablir le pont coupé la veille, deux compagnies de voltigeurs ayant passé à gué, occupèrent deux pitons situés près de la rivière. Mais à peine la division CLAUSEL se préparait-elle à franchir la Lika, que l’ennemi déboucha derrière elle par le pont de Bilai et se porta sur la division MONTRICHARD.

Les Autrichiens marchaient avec lenteur en trois colonnes. MARMONT fit attaquer la colonne du centre par le 18e et la colonne de droite par le 79e. Cette colonne s’étant repliée, le 79e la suivit et se réunit au centre de la ligne française après s’être emparé d’un mamelon qui coupait notre front.

A ce moment l’ennemi fit un grand effort sur la droite ; le 79e le reçut avec sans froid et vigueur et le 81e, l’ayant chargé immédiatement après, le précipita dans la Lika où plus de 2000 hommes se noyèrent ; 1200 tombèrent entre nos mains.

Le régiment eut 120 blessés dans cette vigoureuse action. Le Général de brigade LAUNAY ayant reçu une grave blessure, le Colonel GODART prit le commandement à sa place.

Pendant la nuit du 21 au 22 mai 1809, le pont sur la Lika fut rétabli, mais l’ennemi fit le lendemain une démonstration offensive en remontant la rivière avec 4000 ou 5000 hommes. Cependant la 1ère division ayant franchi la Lika, les Autrichiens battirent en retraite après un simulacre de résistance et leur cavalerie seule tente, sans succès, à deux reprises différentes de nous rejeter dans la rivière.

Le corps de MARMONT entre le 23 dans GOSPIC et continua son mouvement sur OTTOCAC le 24 au matin. Après un combat aux abords de cette ville, il se dirigea sur FIUME et LAYBACH ; aucun ennemi ne se présenta plus pour lui barrer la route.
MARCHE SUR WAGRAM

Arrivé à LYBACH le 3 juin, MARMONT y trouva des détachements appartenant aux différents régiments de son corps d’armée ; il les incorpora et répara ainsi les pertes qu’il venait de faire en Croatie. Il reçut l’ordre de chasser le Général GIULAY établi à MARBOURG et de se rapprocher de la Grande Armée ; MARMONT se mit en marche le 8 juin.

Il trompa GIULAY et passa la Drave à VOLKERMARKT où l’ennemi n’avait personne, puis lui faisant croire qu’il marchait sur MARBOURG, il lui échappa une seconde fois et réussit à rejoindre le 26 juin la division BROUSSIER, de l’armée d’Italie, qui, après avoir évacué GRATZ, avait pris position au pont de GOSTING. Décidé à attaquer le 27 l’ennemi, MARMONT ne trouva plus personne devant lui ; les Autrichiens avaient évacué leurs positions et s’étaient retirés en Hongrie.

Le 28 il se mit à la poursuite de GIULAY, mais ayant reçu l’ordre de se rapprocher de VIENNE, et d’être rendu le 4 juillet au soir sur le Danube, il partit aussitôt de GRATZ avec la division MONTRICHARD pendant que la division CLAUSEL se rendit à NEUSTADT par FRIEDBERG.

En quatre jours, l’armée de Dalmatie fit 30 lieues pour arriver sur la rive droite du Danube ; elle y prit position le 5 à 7 heures du soir, et prit la dénomination de 11e corps de la Grande Armée.

L’armée était dans l’ordre suivant à la droite, DAVOUT, ensuite OUDINOT, l’armée de Dalmatie, l’armée d’Italie, les saxons et le corps de MASSENA.

Le 11e corps entra en ligne vers les 10 heures du matin pour appuyer le mouvement d’OUDINOT, mais presque aussitôt l’Empereur lui prescrivit de rester en position. A une heure la bataille était gagnée. Le 79e n’avait pas été engagé. Le 7, MARMONT établit son camp à WOLKERSDORF où était le quartier général; c’est là qu’il reçut l’ordre de faire l’avant-garde de l’armée dans la direction de NIKOLSBOURG.

MARMONT se mit aussitôt à la poursuite de l’armée autrichienne ; chacun sait par suite de quelles circonstances il l’atteignit à ZNAIM après avoir franchi la Thaya le 10 juillet.

La division CLAUSEL attaqua dès le début de l’action, mais la division CLAPAREDE, dont le 79e faisait partie, resta en réserve et ne se déploya qu’à la fin de la journée.

Le lendemain 11, l’armistice de ZNAIM arrêtait les opérations ; il était signé dans la soirée par le prince de NEUFCHATEL et le prince UCHTENSTEIN.

Le 11e corps fut alors dirigé sur KREMS et on lui assigna pour le faire vivre, le cercle de KORNENBOURG.

Un magnifique camp fut dressé à quelques distances de KREMS ; la troupe y construisit des baraques régulières en paille ayant la forme de tentes. Les soldats y furent dans l’abondance et y jouirent du plus grand bien être.

Le 79e fut renforcé le 20 juillet par ses 3e et 4e bataillons qui ayant fait partie de l’armée d’Italie, partirent de TRIESTE le 16 juillet pour rejoindre à KREMS.

L’Empereur passa quelques temps après une revue de l’armée de Dalmatie dont il n’avait pas vu les régiments depuis plusieurs années; il leur témoigna sa grande satisfaction et leur accorda de nombreuses récompenses.

Le Colonel GODART, du 79e, fut créé Baron d’Empire avec une dotation annuelle de 4000 F sur le HANOVRE ; le 11 septembre suivant, il était nommé Général de brigade et remplacé à la tête du 79e par le Colonel GAY.


LES 3. ET 4e BATAILLONS DU 79e  A L’ARMÉE D’ITALIE Du 10 avril au 16 juillet :1809

Nous avons vu que les 3e et 4e bataillons avaient quitté le 79e à la fin d’août pour rentrer en Italie. En septembre 1806 ces deux bataillons et le dépôt sont à PADOUE ; en octobre à VIENNE ; le 1er décembre, nous les trouvons à VENISE; au commencement de 1807, ils reviennent à PADOUE et continuent à alterner entre ces différentes garnisons jusqu’au mois d’avril 1809.

C’est à cette époque que l’armée d’Italie fut prête à entrer en campagne sous le commandement de S.A.I. le prince EUGENE, vice-roi d’Italie. Le 22 avril, elle était organisée en trois corps et une de réserve ; les deux bataillons du 79e faisaient partie de la division BARBOU.

Après avoir livré le combat de PORDENONE, la division était entrée le 15 au soir à SACILE et avait pris position sur la LIVENZA, couvrant les deux flancs de la ville. Le lendemain, cette division était en réserve de la bataille de SACILE. L’ennemi, supérieur en nombre, ayant forcé l’armée du prince EUGENE à battre en retraite, la division BARBOU fit une vigoureuse contre-attaque qui arrêta l’ennemi dans son offensive.

Le Général BARBOU engagea d’abord les bataillons des 5e et 23e de ligne; puis sa réserve composée de 4 bataillons (dont 2 du 79e) serrés en masse ayant -l’artillerie dans leurs intervalles, se porta sur la ligne, chargea courageusement l’ennemi et fit rentrer sa division ses trois bataillons ainsi que ceux du 106e, de la division SERAS, et du 1er de ligne italien. La division se retira avec autant d’ordre qu’elle s’était portée en avant, marchant à la hauteur des divisions GRENIER et SERAS.

Après avoir détruit le pont sur le LIVENZA, la division suivit le 17 à 9 h du matin, l’armée qui battait en retraite sur la Piave. Le 18 avril, le Général BARBOU reçut l’ordre de se rendre à VENISE avec une partie de sa division; les deux bataillons du 79e passèrent alors à la division SERAS à la date du 1er-mai.

L’armée du prince EUGÈNE reprit l’offensive le 26 avril et les Autrichiens ayant évacué la ligne de l’Alpon se retirèrent sur VICENCE le 30 du même mois.

Le 3 mai, la division SERAS, avec 10 pièces de canons et le 6e régiment de hussards, se porta sur BASSANO, culbuta les avant-postes ennemis, chassa les Autrichiens de toutes les positions et leur fit 500 prisonniers. Ayant fait la poursuite avec beaucoup de vivacité ; le Général SERAS s’empara du faubourg de BASSANO et y établit sa division.

Après un combat très vif le 4 mai, nos troupes pénétrèrent dans BASSANO le 5, à 8 h et demi du matin ; l’ennemi était en pleine déroute et laissait 1150 prisonniers entre nos mains.

A partir du 6 mai, la division SERAS forma la réserve de l’armée avec la garde royale et ne prit plus une part active aux différents combats que l’armée du prince EUGENE fut obligée de livrer sur la Piave, sur le Tagliamento et sur l’Isonzo.

Après le passage de l’ISONZO et avant de se mettre en marche, le Générai MACDONALD détacha le Général SCHILT avec deux bataillons du 79e, 100 hussards et 2 pièces de canon, pour se porter sur TRIESTE par MONFALCONE, DUINO et OPSINA.

Le même jour, le 79e bivouaqua en avant de MONFALCONE et le Général SCHILT apprit que l’ennemi s’était porté sur les hauteurs de SAINT GIOVANNI et occupait le fort de DUINO avec du canon et un effectif de 2000 hommes. La reconnaissance de l’ouvrage ayant été faite, le Général SCHILT prit le 16, à 4 h du matin, ses dispositions pour l’enlever; mais l’ennemi l’avait évacué pendant la nuit et s’était retiré sur TRIESTE en jetant à la mer une partie de son artillerie.

Pendant que le 79e prenait position à PROSECCO, les hussards se mirent à la poursuite de l’ennemi et lui firent une vingtaine de prisonniers.

Le 17 mai, le Générai SCHILT envoya une reconnaissance sur la route de PRAWALD à TRIESTE ; une forte canonnade qu’il entendit dans cette direction lui fit supposer que le Général MACDONALD était arrivé à PRAWALD. Un parti qu’il avait envoyé sur la route de FIUME lui ayant rapporté que l’ennemi était en pleine retraite sur cette ville et qu’il avait abandonné TRIESTE, le Général SCHILT se mit immédiatement en marche pour prendre possession de la ville. il arrêta le 79e sur les hauteurs d’OPSINA, d’où il envoya son aide de camp à TRIESTE avec les hussards pour annoncer aux habitants la prise de la ville au nom de l’Empereur.

Le 18, le 79e faisait son entrée dans la ville et le Général mettait l’embargo sur plus de 200 bâtiments de commerce.

On ne trouva dans la place que peu de munitions, mais on y prit 22000 fusils et un magasin d’équipement.

Une escadre anglaise composée de 8 gros bâtiments de guerre parut le 24 devant TRIESTE, et manoeuvra de manière à faire craindre une attaque soudaine. Les préparatifs que fit la garnison et la fumée que l’ennemi vit s’élever de quatre fourneaux à réverbère qui chauffaient les boulets dans les batteries, lui en imposèrent suffisamment ; il se borna à bloquer étroitement le port jusqu’au 5 juillet.

Un corps de troupes autrichiennes investit dans la nuit du 27 au 28 juin le fort de LAYBACH, et tenta de s’en rendre maître par surprise. Des détachements des 35e, 53e et 79e de ligne qui avaient escorté la veille un convoi de munitions sur la ville, se trouvant coupés dans le faubourg de LAYBACH, dit de TRIESTE, se frayèrent un passage à la baïonnette et se réunirent à la garnison. L’ennemi se porta rapidement sur le fort dans l’espoir de l’enlever d’un coup de main, mais les troupes qui le défendaient précipitèrent les Autrichiens au bas des remparts et les obligèrent à renoncer à leurs desseins.

Le 5 juillet, un corps de troupes autrichiennes commandé par le Général Major L’EPINE partit de FIUME et marcha sur TRIESTE. Cette colonne forte de 2000 hommes était soutenue par 6 pièces de canon; l’ennemi fit plusieurs tentatives le 8 pour pénétrer dans la ville, l’escadre anglaise faisait des Signaux qui indiquaient de l’intelligence dans la combinaison des mouvements, mais le Général SCHILT repoussa toutes les attaques. Un détachement de 310 hommes venus d’UDINE au secours de TRIESTE rétablit les communications.

Un calme plat contraria la flotte anglaise ; une frégate qui s’était avancée très près des batteries fut prise par une flottille de pirogues italiennes.

La garnison de TRIESTE eut dans ces 3 journées 2 hommes tués et 7 blessés. Les 2 bataillons du 79e restèrent à TRIESTE jusqu’à l’armistice de ZNAIM, et rejoignirent le régiment au camp de KREMS le 20 juillet.

En quittant le camp de KREMS, le 79e se dirigea sur TRIESTE où il fut placé dans la 2e division du 11e corps d’année, qui, au mois de décembre 1809, prit la dénomination d’aimée d’ILLYRIE.

Dans le courant de février 1810, les 3e et 4e bataillons reçurent l’ordre de rentrer en France, et partirent pour CHAMBÉRY où se trouvait le dépôt du régiment; les deux premiers bataillons restèrent alors à l’armée d’Illyrie, sans aucun incident, jusqu’au mois d’octobre 1810, époque à laquelle ils partirent pour l’ESPAGNE.
Le 3e bataillon fut maintenu au dépôt de CHAMBÉRY jusqu’au mois de septembre 1811; quant au 4e bataillon, il fut envoyé à TOULOUSE aussitôt sa rentrée en France et placé dans la colonne d’observation du Général GAREAU à la fin d’août 1810.

Charles IV, Roi d'Espagne de 1788 à 1808

Charles IV, Roi d'Espagne de 1788 à 1808

Ferdinand VII, roi d'Espagne en 1808, puis de 1814 à 1833

Ferdinand VII, roi d'Espagne en 1808, puis de 1814 à 1833

1808 - Campagnes de PORTUGAL et d’ESPAGNE

En 1808, le 4e Léger se trouvait divisé ainsi: un bataillon au PORTUGAL (division LOISON sous le commandement de JUNOT), trois bataillons dans le corps du maréchal BESSIERES. il allait donc prendre part à tous les événements qui devaient se produire dans la péninsule. Ces événements mêlés de succès et de revers pour nos armes, se composant d’une suite de marches pénibles et de combats le plus souvent victorieux.

Le bataillon du 4e Léger qui faisait partie de l’armée du PORTUGAL, se distingua par son courage et sa constance à supporter les fatigues qui accablèrent cette armée pendant sa marche sur LISBONNE.

En ESPAGNE, le corps de BESSIERES entra en campagne au mois de juillet au moment où le roi JOSEPH reçut de NAPOLÉON l’ordre de se diriger sur MADRID. Les communications avec la FRANCE étaient menacées par l’insurrection, BESSIERES reçut l’ordre de dégager tout le nord de l’ESPAGNE.

Dans ce but, il se porta contre les Espagnols établis à RIO-SECCO. L’ennemi, au nombre de 28 000, était sur deux lignes. BESSIERES, avec ses 10 000 hommes, n’hésita pas à attaquer: “Avec le 4e Léger et le 15e de Ligne” dit l’historien du Consulat et de l’Empire. Ce Maréchal se sentait capable d’enfoncer tout ce qu’il avait devant lui. Eloge des plus flatteur que l’on puisse adresser à un Régiment français. Le Maréchal BESSIERES avait raison; le 4e Léger et le 15e de Ligne suivis des jeunes troupes, se portèrent à la baïonnette sur les premières lignes ennemies et les enfoncèrent. “Vive le Roi” criaient les Espagnols, “Vive l’Empereur” répondirent les français et tout céda devant l’impétuosité de leur attaque. La seconde ligne ne tint pas davantage. On prit 18 canons ; beaucoup de drapeaux restèrent sur le champ de bataille.

L’ennemi s’étant enfui en désordre sur MEDINA, essaya d’y résister, mais le 4e Léger et le 15e de Ligne y entrèrent au pas de charge les baïonnettes en avant et culbutèrent tous les obstacles. Ce combat est un des plus beaux faits d’armes dont puisse s’honorer le 4e Léger. Il montre ce que peuvent des soldats sachant allier le courage et la discipline. Malheureusement tant de bravoure et tant d’efforts devaient échouer. Les événements de BAYLEN forcèrent en effet le roi JOSEPH à évacuer MADRID. BESSIERES dut se porter en arrière avec toute l’armée et venir prendre position derrière l’EBRE en attendant les décisions de l’Empereur.

Au PORTUGAL, la fortune ne nous souriait pas davantage. Le 4e Léger figura dans tous les combats victorieux livrés par le Général LOIZON contre les révoltés portugais, mais tout fut vain. Les Anglais ayant ramenés de nombreux renforts au PORTUGAL, JUNOT dut se retirer dans les lignes de TORREAS-VEDRAS. Là par son énergie et grâce à la conduite pleine de bravoure et de dévouement de son armée, il obtint une capitulation des plus honorables. Elle portait, en effet, que l’armée française se retirerait avec tous les honneurs de la guerre; emportant tout ce qui lui appartenait, qu’elle serait ramenée en France par les vaisseaux anglais et que les blessés traités avec soins seraient rendus à leur pays dès leur guérison.

NAPOLÉON vint en novembre 1808 se mettre lui même à la tête de l’armée d’ESPAGNE retirée derrière l’EBRE. il lui donna une nouvelle organisation d’après laquelle la division MOUTON, et par conséquent le 4e Léger fut placé dans le 2e Corps sous le commandement du maréchal SOULT. Ce corps et le 6e commandé par NEY formèrent le centre de l’armée sous le commandement de l’Empereur lui-même.

Le Général espagnol BLACKE avec les forces principales de l’insurrection s’était établi à BURGOS. NAPOLÉON ayant décidé la reprise des opérations dirigea le 2e Corps contre cette place et le 9 novembre on fut en présence. La position principale était le bois de GAMONAL fortement occupé par les Espagnols. Il fallait l’enlever. Le Maréchal SOULT lança la division MOUTON 2e et 4e Léger et 96e de Ligne. L’artillerie ennemie enleva les premières files, mais nos soldats marchant la baïonnette baissée vers le bois l’enlevèrent en un clin d’oeil. A cette vue, l’armée espagnole se débanda laissant 12 drapeaux, 90 canons,et des prisonniers; BURGOS était en notre possession. NAPOLÉON vint s’y établir.

Soldats du 79e, quelles vertus avaient donc les soldats du 4e léger pour accomplir de si grandes choses? Le courage, la patience dans les épreuves, la discipline, la confiance en leurs chefs, l’amour de la Patrie. Oui I Voilà les vertus qui rendaient invincibles les soldats du 4e léger et que vous devez vous efforcer de maintenir dans vos rangs si vous voulez pouvoir égaler un jour vos anciens.

Le 2e Corps était à peine remis de ses fatigues, qu’il reçut l’ordre de quitter BURGOS pour se porter à REINOSA sur les derrières de l’armée de BLACKE et de là sur SANTANDEZ pour soumettre la province des ASTURIES. Il devait être renforcé par le corps de JUNOT qui rentré en France après la capitulation de LINDRA, reçut l’ordre de revenir en Espagne. On parlait déjà d’une nouvelle armée anglaise et NAPOLÉON voulait donner au 2e Corps une force suffisante pour la combattre. Le 14 novembre, le 2e Corps entra à REINOSA et y captura tout le matériel de l’armée de BLACKE: 35 canons et 15 000 fusils. Le 15, il panait pour SANTANDEZ. Pendant ce temps NAPOLÉON continuait sa marche sur MADRID où il entra le 4 décembre.

Jusqu’alors, il ne s’était pas occupé de l’armée anglaise, mais lorsqu’il apprit qu’elle s’était avancée en Espagne, il disposa toutes ses forces pour la détruire et dans ce but, il prescrivit au Maréchal SOULT de redescendre dans le royaume de LEON. Les Anglais ayant eu connaissance de ces ordres résolurent d’attaquer le Maréchal dans sa marche. NAPOLÉON n’attendait que ce moment pour marcher contre eux. Il était sur le point de les cerner entre le corps de SOULT et celui de NEY, lorsque, prévenu à temps, le général anglais battit en retraite sur la COROGNE, faisant sauter tous les ponts derrière lui. NAPOLÉON se mit à sa poursuite, rencontra une arrière garde composés d’Espagnols au pont de MANTILLA, la culbuta et continua sa poursuite jusqu’à ASTORGA où il quitte l’armée laissant le Maréchal SOULT continuer la poursuite avec les divisions MERLE (ancienne division MOUTON), MERMET et DELABORDE. Au défilé de PIETROS eut lieu un fort combat où la Division MERLE (4e Léger) se distingua par l’impétuosité de son attaque (janvier 1809).

Le 5, l’armée anglaise se montra rangée en bataille, devant LUGO. Pressé de fort près, le Général anglais voulut arrêter cette poursuite si désastreuse pour son armée. Le Maréchal SOULT arrive le 6 au soir, devant LUGO avec la division MERLE résolut d’attendre l’arrivée des divisions MERMET et DELABORDE un peu désorganisées par une marche si pénible, mais le 9 les Anglais décampèrent.

Arrivés à la COROGNE, le 10 et ne voyant pas la flotte qu’ils croyaient y rencontrer, ils résolurent de s’y défendre. Après bien des hésitations, le Maréchal SOULT se décida à livrer bataille. La division MERMET lancée la première fut repoussée, mais l’arrivée des vieux régiments de la division MERLE rétablit le combat. Le 4e Léger prit part à la lutte et contribua au succès de la journée. L’armée anglaise s’embarqua les 17 et 18 protégée par les murs de la COROGNE.

1809

Après la défaite des Anglais à la COROGNE, l’Espagne était vaincue, mais non soumise. Les Portugais pleins d’enthousiasme depuis la capitulation de CINTRA étaient en armes et appelaient les Anglais; ceux-ci encouragés par la résistance des populations préparèrent une nouvelle armée. La campagne de 1809 s’ouvrit par la marche du Maréchal SOULT sur OPORTO. Le corps d’armée du Maréchal avait été renforcé d’une partie du corps de JUNOT et comprenait toujours la division MERLE dans laquelle était le 4e Léger. Pendant la marche sur le Portugal, il y eut une foule de petits combats où figura avec honneur le 4e Léger. mais il se distingua surtout à l’attaque de la ville de OPORTO (29 mars). La division MERLE chargée d’enlever la redoute qui couvrait la ville, éprouva une résistance opiniâtre. Les chroniques du temps rapportèrent que le 4e Léger fut repoussé trois fois de suite. Tous les officiers supérieurs et une grande partie du Régiment étaient déjà hors de combat, lorsque le Colonel CORSIN s’étant fait panser sa blessure, reparaît à la tête du Régiment porté par ses sapeurs. Il ranima ses soldats, tenta une 4e attaque et enleva la redoute. Longtemps on garda au 4e Léger, le souvenir d’un si grand exemple de courage et de dévouement. Aussi notre devoir est-il de le faire revivre dans la mémoire de tous les soldats du 79e de Ligne.

L’armée s’étant établie à OPORTO y resta tout le mois d‘avril. Un nouvelle armée anglaise commandée par Arthur WELLESLEY ne tarda pas à débarquer à LISBONNE. Instruit de tout ce qui se passait dans l’armée française, le Général résolut d’enlever OPORTO. D’un autre côté, le Maréchal SOULT jugeant sa position périlleuse avait résolu d’abandonner le Portugal. L’évacuation d’OPORTO était fixée pour le 12 mai. Mais dans la nuit du 11 au 12, les Anglais s’emparèrent par surprise des faubourgs de la ville. Le 4e Léger et le 15e de Ligne furent lancé contre eux ils chargèrent à outrance et repoussèrent l’ennemi jusque sur les bords du fleuve, mais ils ne purent jamais lui arracher les bâtiments qui lui servaient d’appui. OPORTO fut évacué. Dans la retraite, le corps de SOULT dut le 14, détruire son artillerie et rentrer en GALLICIE, il y rejoignit le corps du Maréchal NEY et put se remonter en canons. En juin, après des événements sans importance, arrivèrent enfin des ordres de NAPOLÉON prescrivant au Maréchal SOULT de prendre le commandement des 2e, 5e et 6e Corps.

La bataille de CALAVEZA (ou TALAVERA) perdue par la faute du roi JOSEPH, malgré tout l’héroïsme du corps des Maréchaux VICTORE SEBASTIANI et du Général LANUSSE, permettait au général anglais de se porter contre le Maréchal SOULT. Mais en apprenant que l’armée française était forte de 50 000 hommes, il battit en retraite. SOULT le poursuivit jusque sur les bords du TAGE où on prit position au mois d’août 1909. Le 2e Corps auquel appartenait le 4e Léger, s’établit à PLASENCIA pour observer les débouchés du Portugal.

A la reprise des hostilités en novembre, le 2e Corps placé au pont de l’ARZOBISPO, fut chargé de garder les défilés de l’ESTRARADINE, il ne prit donc pas part au brillant combat d’OCANA où les forces espagnoles furent battues par les 4e et 5e Corps et qui termina la campagne de 1809.

A la fin de cette campagne, le Colonel CORSIN du 4e Léger fut nommé Général pour la belle conduite devant OPORTO et remplacé par le Colonel DESGRAVIER.

1810

La campagne de 1810 s’ouvrit par l’envoi d’un renfort de 120 000 hommes à l’armée d’Espagne. NAPOLÉON cédant aux demandes du roi JOSEPH, consentit à commencer les opérations militaires par une expédition en ANDALOUSIE, exécutée par les 4e, 5e et 1er Corps. Pendant cette expédition, le 2e Corps, commandé par le général REYNIER et par conséquent le 4e Léger, resta à son emplacement de l’année précédente, c’est-à-dire sur le haut TAGE, afin d’observer les routes du Portugal où se trouvaient toujours les Anglais. Il couvrait en même temps la marche du corps expéditionnaire de l’ANDALOUSIE.

En mai, NAPOLÉON résolut de marcher contre le Portugal. L’armée destinée à cette expédition devait se composer des 2e, Se et 8e Corps, en tout 60 000 hommes, dont le commandement fut donné à MASSÉNA; quant à l’armée anglaise réunie aux Portugais, elle présentait un effectif de 50 000 hommes.

Le général anglais, résolu à ne pas accepter de grandes batailles, fit préparer, à l’embouchure du TAGE, où se trouvait une flotte anglaise, les célèbres lignes de TORRES-VEDRAS qui devaient, au besoin, protéger l’embarquement de son armée. La marche des français en avant commença par le siège de la place de CINDRAD-RODRIGO défendue par 4 000 Espagnols. Ce siège fut effectué par le corps de NEY. La place fut enlevée le 9 juillet après une rigoureuse résistance. Après un repos assez prolongé, MASSÉNA franchit la frontière et arriva devant la position de BUSACO, occupée par l’armée anglaise. Le 27 septembre, MASSÉNA s’étant décidé à attaquer, le 2e Corps entra le premier en action. Le 4e Léger, conduit par le Générai GRAINDORGE et protégé par un brouillard épais, gravit péniblement les hauteurs en s’aidant des végétaux; arrivé sur la hauteur, il s’élance sur le 8e portugais, le culbute et lui enlève son artillerie, mais deux divisions anglaises arrivent et arrêtent sa marche. Mitraillé en flanc par l’artillerie et de front par la mousqueterie, le Général GR.AINDORGE fut blessé mortellement, le Colonel DESGRAVIER grièvement, sept officiers supérieurs sur neuf, tous les capitaines d’élite furent également mis hors de combat ainsi que 30 officiers. Refoulé jusque sur le bord du plateau, le 4e Léger y résista cependant jusqu’à l’arrivé du 91e de Ligne; mais criblées par un feu épouvantable, nos troupes redescendirent le plateau emportant leurs généraux et leurs officiers blessés. L’attaque du corps de NEY ne fut pas plus heureuse et MASSÉNA arrêta la lutte après avoir perdu 4 000 hommes. Sans songer à rétrograder, il fit chercher un chemin pour tourner la position ; on en trouva un et l’armée s’y engagea dans la nuit du 28 au 29. Le 29, les Anglais tournés abandonnèrent leur position et la ville de COIMBRE.

MASSÉNA poursuivit alors l’armée anglaise qui rentra dans les lignes de TORRES-VEDRAS. On l’y assiégea pendant quelques temps, mais ayant reconnu l’impossibilité de s’emparer de vive force d’un ouvrage composé de 3 lignes de défense et défendu par 700 pièces d’artillerie, MASSÉNA se retira à SAUTAREM et envoya le Général FOY à l’Empereur pour lui demander des ordres (novembre 1810).

Malgré dés préoccupations du côté de la Russie, puissance avec laquelle une nouvelle rupture se faisait déjà pressentir, NAPOLÉON voulut continuer la guerre contre les Anglais au Portugal. Il ordonna que toutes les troupes disponibles en Espagne fussent dirigées sur le TAGE pour donner la main au Maréchal MASSÉNA. Les souffrances de l’armée du Portugal étaient extrêmes, mais les soldats avaient confiance en MASSÉNA et les supportaient gaiement, attendant l’arrivée de renforts. L’arrivée de la division DROUET fut saluée par des cris de joie. Ces renforts et ceux amenés par le Général FOY à son retour, portèrent l’armée du Portugal à 55 000 hommes, mais c’était trop peu encore pour tenter une action décisive et MASSÉNA voulut attendre l’arrivée du 5e Corps, commandé par le Maréchal SOULT. Celui ci ayant retardé l’exécution des ordres en faisant le siège de RADAJOZ, l’armée du Portugal (principalement le 2e Corps où était le 4e Léger) fut réduite à la dernière extrémité faute de vivres. Cette détresse et l’évanouissement de l’espérance d’être secouru à temps décida le Maréchal MASSÉNA à se retirer sur MONDEGO.

1811

La retraite commença le 4 mars 1811. Le 2e Corps protégea la retraite toute la journée par la belle contenance de ses troupes. Les Anglais s’étant mis à la poursuite de l’armée. On soutint le 11 à POMBAL, un combat où le Général FRIRION refoula les Anglais. Le 12 nouveau combat à REDINHA soutenu par le 6e Corps. Le 13 MASSÉNA engagea NEY à résister autant que possible à CONDEIXA pour que l’armée put s’établir à COIMBRE. NEY n’ayant pas fait une résistance suffisante l’armée dut se porter sur le CEYRA. Elle s’y trouva réunie le 15, et le 18, on était sur l’ALVA. La retraite continuant, l’armée rejoignit le 22 mars les frontières d’Espagne vers CINDAD-RODRIGO d’où elle était partie un an auparavant. Elle avait tenue six mois sur le TAGE, sans vivres, sans secours, sans commumcations, sans nouvelles de France. Elle ne perdit dans cette retraite ni un canon, ni un blessé, ni une voiture. MASSÉNA eut un instant la pensée de reprendre l’offensive, mais les évènements ne le permirent pas et l’armée prit ses cantonnements entre ALMEIDA et CINDAD-RODRIGO avec mission de surveiller la marche des Anglais.

En avril, M.ASSENA ayant appris l’investissement d’ALMEIDA par les Anglais, concentra ses forces et se mit en marche fin avril. Le 2 mai, on rencontra l’armée anglaise en position à FRENTES d’ONORE. MASSÉNA prit des dispositions d’attaque. Le 2e Corps était à droite; on livra à FRENTES une bataille de trois jours; la bataille resta indécise. On ne put secourir la place d’ALMEIDA et MASSÉNA ordonna sa destruction.

Cet acte accompli, l’armée revint dans ses cantonnements. Le 4e Léger alors commandé par le Colonel LANGEZON qui avait alors remplacé le Colonel DESGRAVICZ prit pan à tous ces combats.

NAPOLÉON s’en prit à MASSÉNA de tous ces insuccès, le rappela et désigna pour son successeur, le Maréchal MARMONT. Le 4e Léger fit partie de la 4e Division sous le commandement du Général SARRUT. MARMONT porta tous ses bataillons à 700 hommes en versant l’effectif d’un bataillon dans un autre et renvoya à SALAMANQUE, les cadres non employés.

Ayant ainsi réorganisé son armée, le Maréchal MARMONT marcha en juin au secours de la place de BADAJOZ assiégée par les Anglais. Son arrivée dégagea la place et les Maréchaux SOULT et MARMONT entrèrent dans la ville. BADAJOZ délivrée, MARMONT revint prendre position sur le TAGE.

En septembre, les Anglais ayant menacé de nouveau CINDAD-RQDRIGO, MARMONT abandonna le TAGE, remonta au nord au secours de cette place et parvint à la ravitailler.. En décembre, NAPOLÉON, préparant son expédition en Russie, voulut tirer d’Espagne, sa garde, les polonais et un certain nombre de cadres disponibles par suite de pertes subies. C’est à la suite de ces dispositions que les cadres du 2e, 3e et 4e bataillon du 4e Léger rentrèrent en France. Le 4e Léger ne fut plus, dès lors, représenté à l’armée de Portugal que par son premier bataillon. En janvier 1812, l’armée d’Espagne abandonna le TAGE et fut ramenée sur le DOURO aux environs de SALAMANGUE. Ce mouvement de retraite amena la perte de deux places imposantes: CINDAD-RODRIGO et BADAJOZ.

1812

Nous avons dit que les cadres des 2e, 3e et 4e bataillon du 4e Léger avaient été retirés d’Espagne et que le 4e Léger n’était plus représenté dans la péninsule que par son 1er bataillon, commandé par le Chef de Bataillon GREARD. Nous allons donc voir le 4e Léger figurer à la fois sur les champs de bataille de la péninsule espagnole et sur ceux de l’Allemagne et y cueillir encore et toujours de nouveaux lauriers ; mais hélas la fortune a abandonné le drapeau de la France et plus ses enfants montreront de courage et de dévouement, plus l’heure fatale de l’invasion s’approchera.

Jamais le génie de l’Empereur ne se montra plus grand que dans ces terribles luttes de 1812, 1813 et 1814. Jamais les soldats de la France ne se sont montrés plus vaillants et plus braves; et cependant chaque victoire était un pas de plus vers l’abîme.

En Espagne, le 1er Bataillon, sous les ordres du Chef de Bataillon GREARD, continua à faire partie de l’armée du Portugal; cette armée était plus menacée car l’armée anglaise se proposait de profiter de la guerre de Russie pour tenter la fortune au nord de l’Espagne.

Dès le 1er juin en effet, l’armée anglaise commença son mouvement offensif sur SALAMANGUE. MARMONT se retira et SALAMANQUE fut occupée par les Anglais le 27. Après des marches et des contre-marches, les deux armées se rencontrèrent dans la position des ARAPILER et s’y livrèrent un sanglant combat auquel prit pan la division SARRUT et par conséquent le bataillon du 4e Léger qui en faisait partie. La bataille fut indécise, mais MARMONT et plusieurs généraux y furent blessés.

L’armée passa alors sous le commandement du Général CLAUSEL et se retira derrière le DOURO, puis quelques temps après derrière l’EBRE, mais ayant reçu quelques renforts, elle revint sur le DOURO et reprit SALAMANGUE évacuée par les Anglais. Le Général CLAUSEL avait cédé le commandement au Général REILLE qui prit ses cantonnements dans la province de BURGOS.

Pendant toute ces dernières périodes de la guerre d’Espagne, le 4e Léger n’était représenté à l’armée du Portugal, ainsi que nous l’avons dit, que par son 1er bataillon. Les cadres des trois autres étaient rentrés en France pour s’y recruter et concourir aux nouvelles luttes qui se préparaient du côté de la Russie et de l’Allemagne. Dès le mois de janvier 1912, un des bataillons fut réorganise a VERSAILLES et entre dans la composition de la 30e Division de la Grande Armée. Pendant la marche contre l’armée russe poursuivie jusqu’à MOSCOU, ce bataillon tint garnison successivement à MAGDEBOURG, et à SPANDAU, et lors de la désastreuse retraite de Russie, il fit partie de la garnison de DANTZIG où il entra en janvier 1813 sous le commandement du Général COUDERC. D’un autre côté, les deux cadres des 2e et 3e bataillons revenus d’Espagne furent remplis à l’aide de nouvelles levées.

Ces deux bataillons ne restèrent pas réunis; ils entrèrent dans la formation de régiments provisoires. ils furent placés l’un dans le corps du Général LAURISTON qui devait rejoindre le prince EUGENE à MAGDEBOURG, l’autre, plus tard, dans le 14e Corps du Maréchal SAINT-CYR. C’est dans ces corps que nous allons les voir lutter comme toute l’armée avec un courage sans exemple comme autrefois en Italie, et revenir de cette terrible guerre couverts de gloire, mais avec la douleur de n’avoir pu sauver la Patrie de l’invasion. 

Arthur Wellesley, duc de Wellington

Arthur Wellesley, duc de Wellington

En décembre 1810, le 4e bataillon du 79e se trouvait à MONT LOUIS; il était commandé par le Chef de bataillon FOULLAIN et comprenait 20 officiers et 668 hommes. La brigade du Général GAREAU se composait alors des 4e bataillons du Se Léger, 60e et 79e de ligne et de quelques pièces de canon. En mars 1811, son effectif était doublé, et le 1er avril, le corps d’observation prend le nom de division de Cerdagne ; le 4e bataillon du 79e forme un régiment provisoire avec les bataillons du 8e Léger et du 60e de Ligne.

Au commencement du mois de mai, les deux premiers bataillons du régiment qui avaient quitté l’Illyrie en octobre 1810 arrivent en Catalogne. Le 79e comprend alors 3 bataillons sous le commandement du Colonel GAY; il a un effectif de 62 officiers et 1893 hommes.

Aussitôt réformé, le régiment prend part au blocus de FIGUIERES et reste campé devant la place jusqu’à la fin de juin, époque à laquelle il fait partie de la division du Général Baron QUENEL. Le 79e campe à TRESCASAS et supporte vaillamment de dures épreuves ; c’est à peine si alors un soldat possédait de bonnes chaussures, et les marches et contre-marches dans les montagnes usaient rapidement l’unique paire de souliers qu’il avait aux pieds. De formidables orages abattaient les tentes ou détruisaient les baraques occupées par le 79e; le 22 juin, à 4 h de l’après-midi, dans le camp du 2e bataillon, un coup de tonnerre traversa une des baraques des grenadiers de ce bataillon, tua un Caporal et 5 hommes, et en blessa grièvement 7 autres qu’on dut transporter à l’hôpital.

Le 7 juillet, 200 hommes du 79e partirent pour se rendre à la maison FALGAS dans la montagne de Notre-Dame-del-Monte; 150 miquelets espagnols qui s’y trouvaient furent attaqués avec succès, chassés de leurs positions et laissèrent entre nos mains quelques moutons qui furent partagés entre les vainqueurs.

Le 19 août, le 79e commença la redoute n° 21.

Le 9 septembre, un détachement du régiment mit en fuite une bande de brigands qui voulait lever des contributions vers LIADO.

Le 3 novembre, l’adjudant commandant VIGIER partit de BASCARA pour GIRONE avec 700 hommes du 79e et 50 chasseurs à cheval, il fit fouiller les bois à droite et à gauche de la route sans pouvoir trouver de traces de l’ennemi qui, dans la nuit précédente, avait tiré sur des chasseurs d’ordonnance et en avait tué un qu’on trouva mort sur la route.

Le 15 novembre la situation du 79e était la suivante 28 officiers et 815 hommes à VISSAFUN; 24 officiers et 353 hommes au fort de FIGUIERES qui était tombé entre nos mains; 14 officiers et 1137 hommes aux hôpitaux.

Le 1er janvier 1812, la situation du régiment s’était améliorée, il se trouvait toujours à FIGUIERES, et le 15, après avoir reçu son 3e bataillon arrivé de PERPIGNAN, son effectif était de 62 officiers et 1869 hommes.

Le 21 janvier, le Général BEURMANN partit de FIGUIERES avec 2 bataillons du 79e et 50 dragons pour venir prendre position à ETOZONA en passant par ETADO.

Le lendemain matin, la colonne se mit en route à la pointe du jour pour OLOT en passant par TORTELLA, MONTAGAL et CASTELFOLIT où elle trouva 400 Espagnols qui essayèrent de disputer le passage. Ils firent un feu très vif et ne se retirèrent sur la position de CARADER-EL-VIVER qu’après avoir blessé 4 hommes. Cet engagement eut lieu à 5 h du soir ; l’ennemi, en se retirant, emportait quelques blessés.

Le Général BEURMANN quitta la position de CASTELFOLIT à 10 h du soir et arriva à minuit à OLOT il en partit le lendemain 23 pour se rendre à SAN-ESTEVE et LAS PRESAS.

Quittant cette localité le 24 à 4 h du matin, la colonne du Général BEURMANN se réunit à 6 h à celle du Général CLEMENT en avant de SAN ESTEVE. Réunies en divisions ces deux troupes continuèrent leur marche sur la route de VICH, dans les montagnes appelées le GRAU-D’OLOT: l’ennemi y avait fait des travaux de défense et rendu presque impraticable un passage déjà très difficile par lui-même. Un zigzag de la route permettait à l’ennemi de donner par les parapets qui la bordent six étages de feu balayant une montée rapide, découverte et en ligne droite pendant une centaine de mètres; à gauche des roches à pic, à droite un ravin profond et escarpé ne présentant aucun passage.

Heureusement qu’il n’y avait dans ces ouvrages que quelques miquelets espagnols qui s’enfuirent à notre approche, et après 9 h d’une marche pénible et fatigante, les troupes atteignirent l’ESQUIROL, gros village de 300 maisons.

Après s’être reposé quelques heures, le 79e repartit à 11 h du soir et arriva à 2 h du matin à RODA.

La marche de cette journée fut considérée comme une des plus fatigantes de la campagne.

La division arriva toute entière à VICH le 24 et s’y reposa.

Le 26, à 7 h du matin, la colonne BEURMANN partit pour CALDAS et prit position le même jour à SABADELL.

Le 29, le 23e Léger et le 79e furent versés à la division du Général Baron LAMARQUE qui marchait sur MATARO.

Le 30 janvier 1812, la division occupe MATARO ; à son passage près de la marine, ainsi qu’à son entrée en ville, elle essuya le feu d’un bâtiment de ligne, d’une corvette et de plusieurs chaloupes canonnières anglaises qui tirèrent sans discontinuité de 2 h de l’après-midi à 7 h du soir.

Quittant le 9 février à minuit la position d’ARENYS DE MUNT, le Général LAMARQUE fit entrer ses troupes à MATARO par SAINT VINCENT, en évitant le chemin de la marine trop exposé au feu de l’ennemi, et à 8 h du matin ses troupes occupèrent les hauteurs qui environnent la ville et la dominent. Elles y restèrent en position jusqu’au 16 et furent alors employées à organiser défensivement le couvent des Capucins à MATARO, et à construire des batteries sur la marine.

Le 17, 2 compagnies d’élite du 79e débarrassèrent la route de MATARO à BARCELONE où quelques corsaires interceptaient les communications.

Le 25 et le 26, le 3e bataillon protégea le passage d’un convoi venant de BARCELONE.

Quelques jours après le régiment retournait à FIGUIERES où il resta sans incidents jusqu’au 1er avril. A cette époque, le 4e bataillon fut renvoyé en France; l’effectif du régiment à 3 bataillons était alors de 61 officiers et 1761 hommes.

Du 16 mai au 15 décembre 1812 le régiment est employé à la réprime du brigandage et escorte les convois. A la fin de cette période il est envoyé à BARCELONE où il arrive le 1er janvier 1813 pour y faire partie de la garnison de cette place commandée par le Général de division Comte MATHIEU.

Le 79e assista pendant les premiers mois de l’année 1813 à différentes expéditions ayant pour but de soutenir les détachements qui allaient relever la garnison de MOLINS DEL REY, SAINTE MARIE LE MARTYRE, MOUSCAD et NOUGAD ; il fut aussi employé à arrêter les contribuables en retard.

Le 1er avril, 109 hommes ét les cadres du 3e bataillons rentrèrent en France, laissant le régiment à l’effectif de 1675 hommes.

De fréquentes sorties eurent lieu au courant du mois de mai, contre les Anglais qui essayaient de débarquer.

En août et septembre, le 79e fit partie de la 1er brigade active commandée par le Général BEURMANN.

Le 16 octobre, le régiment fut détaché à SAN-CELONI, sous les ordres du Général de division DON SEVERLI, commandant de la division italienne, qui était chargée de protéger la marche des convois et des courriers de GIRONE à BARCELONE.

Le 15 janvier 1814, le 79e ayant un effectif de 74 officiers et 2129 hommes était encore à BARCELONE, faisant partie de la 3e division de l’armée d’ARAGON et CATALOGNE commandée par S.E. le Maréchal Duc d’ALBUFERA.

Le 1er février, la 3e division (Général ROBERT) était en marche de BARCELONE à GIRONE ; le 15 le 79e était à BANCLAS où il restait jusqu’au 8 mars, époque de son départ pour l’armée de LYON. 

LES 3e ET 4e BATAILLONS DU 79e A LA GRANDE ARMEE ALLEMAGNE Juin 1812 - novembre 1813

Onzième corps d’armée.

Le 4e bataillon du 79e avait quitté l’arimée de Catalogne à la fin du mois de mars 1812; dès la rentrée en France, où il entra avec le 4e bataillon des 5e et 11e de Ligne dans la composition de la 13e demi-brigade provisoire commandée par le Major TRIPE. Cette demi-brigade se mit en route pour l’Allemagne dans les premiers jours de mai, et fut destinée à renforcer la 31 e division commandée par le Général LAGRANGE dont le quartier général était à STETTIN.

Cette division était la seule qui fût restée, à AUGEREAU de celles qui avaient composé le 11e corps sous ses ordres, pendant la campagne de Russie, de maintenir BERLIN et la Prusse dans l’obéissance.

Le 4e bataillon, à son arrivée à l’armée, était sous les ordres du commandant FAULAIN et comptait à l’effectif 18 officiers et 694 soldats. Il fut dirigé le 1er août sur SPANDAU par ordre du Général Gouverneur et ne rejoignit la division que le 25 du même mois à STETTIN d’où il partit le 25 novembre pour BERLIN. Le bataillon du 79e ne resta que quelques jours dans cette capitale et fut envoyé à MAGDEBOURG où il tint garnison jusqu’en 1813.

A cette époque, les 31e, 35e et 36e divisions avaient été réunies pour former le 11e corps d’armée sous les ordres du Maréchal GOUVION SAINT-CYR. L’année entière du prince EUGENE avait évacué BERLIN et pris position sur la rive gauche de l’Elbe, lorsque NAPOLÉON parut en Allemagne à la tête de ses réserves et des renforts tirés de France. Le 10 avril, le Maréchal MACDONALD avait remplacé GOUVION SAINT-CYR à la tête du 11e corps.

BATAILLE DE LUTZEN 2 mai 1813

Pendant que NAPOLÉON débouchait de WEISSENFELD, sur la Saale, le prince EUGENE débouchait de MERSEBOURG. Le 11e corps attaque cette ville et l’enleva après une vive résistance, puis marcha sur LUTZEN et LEIPZIG. Mais à ce moment l’armée des alliés se concentrait à PEGAU et attaquait le Maréchal NEY. Le 11e corps fut d’abord chargé d’appuyer le corps de LAURISTON vers LEIPZIG, puis l’ennemi faisant de grands progrès et le Maréchal NEY ayant perdu beaucoup de terrain, le corps de MACDONALD reçut l’ordre de marcher au feu du canon.

Il prit le pas de course, mitrailla la cavalerie alliée qui s’était glissée entre lui et les troupes du Maréchal NEY, puis avançant toujours sur le flanc droit, le 11e corps vint couronner les hauteurs en débordant l’ennemi.

Le feu, écrit MACDONALD, s’éteignit tout à cop sur le front de l’armée et se dirigea sur nous; l’ennemi lança ses réserves de cavalerie composées des gardes des deux souverains de Russie et de Prusse; trois fois il tenta de rompre nos carrés, mais inutilement; il fut à chaque fois repoussé avec grande perte, et la dernière dans une confusion qui eut donné beaucoup d’avantage à la nôtre, si nous en avions eu.

Le 4e bataillon du 79e prit une large part à cette action, car son effectif qui, avant la bataille, était de 19 officiers et 733 hommes, n’était plus le lendemain que de 12 officiers et 357 hommes. Il y avait dans les hôpitaux 9 officiers et 492 sous-officiers et soldats. Le lendemain le 11e corps franchit l’Elster et, prenant l’avant-garde de l’armée se dirigea sur DRESDE; l’ennemi, qui avait fait sauter les ponts, défendit le passage de l’Elbe, mais l’infanterie de MACDONALD passa la rivière sur des échelles qu’on avait jetées en travers des brèches faites dans le tablier des ponts.

Le 11e corps, poursuivant l’ennemi, s’arrêta en sa présence pendant plusieurs jours en face de BAUTZEN qu’il n’osa attaquer avant l’arrivée de l’armée.

Le 12 mai, le bataillon du 79e prit part au combat de Bischofsverda affaire des plus honorables pour le 11e corps, puis le 21 à la bataille de WURSCHEN qui nous conduisit en Silésie.

Le 11e corps continua à poursuivre l’ennemi; il était appuyé dans ce mouvement par la cavalerie du Général LATOUR-MAUBOURG Après avoir chassé les alliés des hauteurs de SILGRAINSDORF, le 27 mai, MACDONALD livra le combat de GOLDBERG.


BATAILLE DE LA KATZBACH 26 août 1813

L’Empereur confia le 23 août au Maréchal MACDONALD le commandement général des troupes de Silésie et le général GERARD prit le commandement du 11e corps qui passa la Katzbach le 26 à GOLDBERG. Le 3e corps et le 2e de cavalerie n’ayant pu arriver à temps, le 11e subit le choc de l’aimée de BLUCHER; le temps était si affreux et si humide que sur 500 fusils chargés il ne partait pas 10 coups de feu par bataillon. Le Maréchal MACDONALD fut obligé d’ordonner la retraite sur GOLDBERG et le 29 août il était rentré à BUNZLAU.

La 31e division à laquelle appartenait le bataillon de la 79e avait peu donné pendant cette bataille; le 2 septembre, le Maréchal écrivait au major général: “le 11e corps est encore assez fort, à cause de la 31e division qui ne s’est pas trouvée en avant...”.

Le 11e corps s’établit alors sur la rive gauche de la Queiss et se réorganisait petit à petit lorsque, par ordre de l’Empereur, le 14e corps dut passer 14 de ses bataillons à 300 hommes aux 3e, 7e et 11e corps en échange d’un pareil nombre d’autres dont l’effectif ne s’élevait pas à 200 hommes.

Le 20 septembre, le 4e bataillon du 79e, en exécution de cet ordre, passa à la 45e division du 14e corps où il fut réuni au 3e bataillon du régiment qui faisait partie de cette division depuis le mois d’août précédent.

14e CORPS D’ARMÉE

Le 3e bataillon du 79e avait quitté la Catalogne en avril 1813; en vertu d’un décret du 28 juillet de la même armée, il fut incorporé avec le 6e bataillon du 81e dans la 27e demi-brigade provisoire commandée par le Major LUSTRINGER.

Le bataillon du 79e à la tête duquel se trouvait le Major PREUX, comprenait 19 officiers et 553 hommes ; en juillet il fit parti du corps d’observation en Bavière, et le 6 août, il entrait dans la composition du 14e corps d’armée qu’allait commander le Maréchal GOUVION SAINT-CYR.

Une partie de ce corps d’armée fut organisée à FREYBERG et le reste fut armé et équipé en marchant, car l’ennemi devant commencer les hostilités le 18, on voulait que les jeunes soldats qui composaient le corps de GOUVION SAINT-CYR fussent en position le 17 au matin.

Le 14e corps fut chargé d’observer les débouchés de la Bohème; la 45e division, commandée par le Général RAZOUT dans laquelle se trouvait le 3e bataillon du 79e, fut placé près de DIPPOLDISWALD pour observer le débouché d’ALTENBERG.

Attaqué par l’armée de Bohème toute entière, GOUVION SAINT-CYR retarda la marche de l’ennemi; six ou sept fois plus nombreux, mais il se trouva bientôt acculé, le 23 août, sous les murs de DRESDE.

BATAILLE DE DRESDE -26 -27 août 1813

En attendant l’arrivée de l’Empereur avec des troupes de secours, GOUVION SAINT CYR prit ses dispositions pour défendre les abords de la ville que protégeaient cinq redoutes et de nombreux murs de clôture. La 45e division fut chargée de garder le front de FRIEDRICHSSTADT, depuis cette route jusqu’à l’Elbe, au-dessus de DRESDE. Dans la journée du 26, le 14e corps résista seul avec ses 15 000 conscrits aux 200 000 hommes de l’armée de Bohème; NAPOLÉON, qui était entré à DRESDE de sa personne à 9 h du matin, fit soutenir GOUVION SAINT-CYR par la jeune garde vers 6 h du soir. Pendant toute la journée c’est le front de la 45e division qui fut le moins pressé.

Dans la nuit du 26 au 27, les 6e et 2e corps entrèrent à DRESDE ; la force de l’infanterie était quadruplée, mais, dès la matinée du 27, une pluie torrentielle rendit dans les deux armées la fusillade impossible. La cavalerie seule décida du sort de la bataille en faisant mettre bas les armes à plusieurs carrés autrichiens, et en s’emparant d’une nombreuse artillerie ainsi que de 12 drapeaux.

Dans la nuit, le prince de SCHWARTZENBERG commença sa retraite dans les défilés de la forêt de Bohème.

Après avoir participé à la poursuite de l’ennemi avec le 14e corps, la 45e division se rapprocha de DRESDE, et, le 4 septembre, les 2e et 14e corps, la garde impériale se trouvaient groupés autour de la capitale de la Saxe.

Ayant appris coup sur coup le désastre du 1er corps à KULM, la défaite du 11e corps à la Katzbach, les a]liés se reportèrent en avant. Les Autrichiens marchèrent sur le flanc de l’armée française avec 5000 hommes conduits par SCHWARTZENBERG et le reste par la rive gauche sur DRESDE, sous les ordres de BARCLAY de TOLLY.

Le 5, à 6 h du soir, ce dernier attaquait le 14e corps ; la 45e division se retira de BORNA en arrière de ZUSCHENDORF dans la journée du 6, et dans la nuit, ayant eu des inquiétudes sur sa droite, elle vint de grand matin, le 7, se placer plus près de DONNA.. Le 8, l’ennemi continua ses attaques et le 3e bataillon du 79e prit part à une brillante contre-attaque que GOUVION SAINT-CYR exécuta pour conserver la rive droite de la MUGLITZ à NAPOLÉON qui arrivait à son secours.

Le lendemain l’armée prit l’offensive et le 14e corps, formant l’avant-garde marcha jusqu’au village d’EBERSDORF et de là sur GEYERSBERG où il arriva le 10 vers 10 h du matin.

NAPOLÉON, n’ayant pas voulu attaquer l’ennemi au pied des montagnes dites Erzgebirge et Mittelgebirge, laissa le corps de GOUVION SAINT-CYR en observation pour le tromper et se retira sur DRESDE. Le 14e corps resta sur la position du GEYERSBERG jusqu’au 13 au matin, et il exécuta sa retraite sans être fortement inquiété par les alliés. La 45e division resta à BORNA ou aux environs jusqu’au 6 octobre, jour où le Maréchal GOUVION SAINT-CYR reçut l’ordre de se rendre à DRESDE avec deux divisions pour y relever le soir même les troupes du 11e corps et la vieille garde. C’est alors que le 4e bataillon du 79e, quittant le lie corps, fut versé dans la 45e division où, réuni au 3e bataillon qui s’y trouvait déjà, ils formèrent tous deux un corps dont l’effectif fut de 36 officiers et 875 hommes.


DÉFENSE DE DRESDE -3e et 4e BATAILLON

Le 8 octobre NAPOLÉON laissait à DRESDE les 1er et 14e corps sous le commandement de GOUVION SAINT-CYR et marchait sur LEIPZIG.

Dans la matinée du 13, la 45e attaqua l’ennemi et le débusqua des maisons nommées HAMBURG, ATTONAS etc... dont le Général PIASKEWITZ s’était emparé dans l’après-midi de la veille. Cette attaque nous conduisit à une affaire importante dans laquelle le 79e donna presque toute la journée et subit des pertes sérieuses. Les Russes mirent une grande obstination à vouloir reprendre les postes d’où nos troupes venaient de les chasser, mais malgré le déploiement de forces considérables et l’appui d’une nombreuse artillerie leurs efforts furent inutiles.

On se borna alors à des reconnaissances aux environs de DRESDE, mais dans la matinée du 16, une violente canonnade annonça que la Grande Armée était sérieusement aux prises avec l’ennemi. GOUVION SAINT-CYR fit alors exécuter une sortie par le Général BONET avec 8 bataillons du 11e corps et par la 45e division, commandée par le Général PAZOUT. Les Russes furent culbutés et notre cavalerie s’empara de plusieurs pièces de canon; mais à la fin de l’action, la canonnade qu’on avait entendu le matin avait cessé.

Nous nous trouvions, par l’effet de notre victoire du 17, dans la position la plus favorable pour faciliter à NAPOLÉON les moyens de tirer le plus d’avantages possibles de ces succès.

Malheureusement la Grande Armée venait d’être écrasée à LEIPZIG. Le 25 octobre, le Général TOLSTOY, renforcé d’un corps autrichien, se rapprocha de DRESDE et fit le lendemain sa jonction avec le corps autrichien de KLENAU, qui avait quitté le champ de bataille de LEIPZIG aussitôt après le succès de cette journée; le 27 le blocus de DRESDE était complet.

La situation de GOUVION SAINT-CYR devenait de jour en jour plus pénible par le manque de vivres et l’impossibilité de s’en procurer. Le 6 novembre, il essaya de faire filer 14 000 hommes sur TQRGAU par la rive droite de l’Elbe, mais le soir même ces troupes épuisées rentraient dans DRESDE n’ayant pu traverser les corps ennemis.

Le découragement devint générai, et le 7, GOUVION SA1NT-CYR ayant réuni le conseil de défense, prévint le comte de KLENAU qu’il enverrait le lendemain à son quartier général des officiers supérieurs pour traiter de l’évacuation de DRESDE.

Après quelques jours de discussion, la capitulation était signée. L’article premier était ainsi conçu:

Article 1er : la garnison de DRESDE sortira avec ses armes et bagages hors de la ville, et déposera ses armes en avant des redoutes. Messieurs les officiers conserveront leur épée ; à l’exemple de la capitulation de MANTOUE, accordée à M. le Général comte de WTURMSER, un bataillon de 600 hommes conservera ses armes, deux pièces de canon avec leurs caissons et attelages, 25 gendarmes de la garde impériale conserveront leurs chevaux et leurs armes, 25 gendarmes attachés aux divisions conserveront également leurs chevaux et leurs armes.

Dans l’article 3, on lisait que la garnison de DRESDE était prisonnière de guerre et serait conduite en France, puis échangée.

On forma 6 colonnes, qui partirent de DRESDE du 12 au 17 novembre ; elles étaient arrivées à huit jours de marche de la capitale de la Saxe, lorsque le prince de SCHWARTZENBERG, violant la capitulation, fit conduire les débris des 1er et 14e corps en Bohème où ils restèrent prisonniers de guerre. 

1813 - ESPAGNE et ALLEMAGNE

En ESPAGNE, NAPOLÉON avait prescrit de ne garder que ce que l’on possédait, mais de repousser les Anglais s’i]s tentaient un mouvement en avant vers les PYRENEES. La division SARRUT, dans laquelle était le 1er Bataillon du 4e Léger, fut détaché en mars de l’armée du PORTUGAL avec deux autres divisions, pour former, sous le Général CLAUS, l’armée du Nord destinée à assurer les communications entre la FRANCE et l’ESPAGNE.

En juin, les Anglais menaçant de reprendre l’offensive, la division SARRUT fut rappelée et rejoignit l’armée du PORTUGAL. Surprises par ce mouvement offensif des Anglais, les trois armées françaises d’ESPAGNE, se concentrèrent difficilement. La concentration ne put s’effectuer en effet qu’à VITTORIA, le 19 juin. La bataille s’engagea le 21. Le Général REILLE, avec deux divisions (dont la division SARRUT) gardait les ponts de la ZADORRA. Les Anglais essayèrent au début de l’action de forcer le Générai REILLE sur la ZADORRA., mais celui-ci se défendit vaillamment et chaque fois qu’on lui enlevait un pont, le reprenait avec la plus grande vigueur; enfin, la ligne ayant été forcée sur VITTORIA, on ordonna la retraite. La situation du Général REILLE devenait périlleuse car l’ennemi se portait sur ses derrières. .Il fit, avec ses divisions, une retraite admirable contenant les Anglais vers VITTORIA et rejoignant, en même temps, le reste de l’armée. Le Général SARRUT fut tué dans ces combats. Le bataillon du 4e Léger par sa bravoure y soutint l’ancienne réputation du Régiment. Après ce combat, l’armée se retira sur la ligne des PYRENEES. Le roi JOSEPH fut rappelé et le commandement en Chef des armées d’ESPAGNE donné au Maréchal SOULT (juillet 1813).

Pendant que le 1er Bataillon du 4e Léger luttait ainsi en ESPAGNE, les 2e, 3e et 4e luttaient de leur côté sur les champs de bataille de la SAXE et de la PRUSSE. Le 4e Bataillon enfermé dans DANTZIG fut cité avec éloge par le gouverneur de la place, Général RAPP, pour sa belle conduite dans l’attaque du 4 mars. Nous allons voir à quels combats prirent part les 2e et 3e Bataillon.

La plupart des régiments de l’armée d’ALLEMAGNE ayant été formés de bataillons de divers régiments, il est difficile de retracer exactement la part de gloire qui revient à chacun d’eux et d’énumérer les traits de courage qui leur appartiennent. Mais il suffit de lire les récits des grandes batailles et des combats auxquels ils ont assisté pour se convaincre que depuis les journées d’ARCOLE, de RIVOLI, des PYRAMIDES, d’AUSTERLITZ, d’IENA, de MARENGO, de FRIEDLAND et de WAGRAM, l’aimée française n’avait rien perdu de sa valeur et que si, malgré son courage, elle devait succomber, il n’est rien de pareil dans l’histoire aux luttes de la FRANCE pendant les années 1813 et 1814; luttes auxquelles prirent part les bataillons du 4e Léger.

Quoi de plus grandiose en effet que cette bataille de LUTZEN où 300 000 hommes sont en présence le 2 mai 1813? Quoi de plus beau que les héroïques efforts faits par les soldats des deux armées. “Par les uns pour rétablir la grandeur de leur Patrie, par les autres pour conserver la grandeur de la leur ?“ Quoi de plus admirable que cette terrible lutte entre BLUCHER d’une part et NAPOLÉON de l’autre : le premier ramenant trois fois en avant ses troupes dispersées et ne quittant qu’avec rage le champ de bataille ; l’autre maintenant au feu ces jeunes troupes, ces jeunes conscrits qui, enthousiasmés par leurs illustres Chefs, s’élançaient en avant et mouraient aux cris de VIVE L’EMPEREUR, égalant en bravoure les soldats d’AUSTERLITZ. Un bataillon du 4e Léger figura à cette grande bataille, dans le corps du Général LAURISTON, l’autre ne vint que plus tard en ALLEMAGNE avec le 14e Corps, GOUVION SAINT-CYR ainsi qu’on l’a dit ci-dessus.

Après la victoire de LUTZEN, NAPOLÉON poursuivit l’armée des coalisés et arriva à DRESDE. Les ennemis se retirèrent sur la SPREE et résolurent de livrer une deuxième bataille à BAUTZEN. Elle fut tout aussi glorieuse pour nos armes que celle de LUTZEN et toutes deux vengeaient nos défaites de 1812. Mais toutes les deux avaient été bien meurtrières et NAPOLÉON se résolut à accorder un armistice qui fut signé le 4 juin 1813. Pendant les négociations, NAPOLÉON se prépara à la reprise des hostilités en renforçant l’armée de LUTZEN et de BAUTZEN et en en créant une nouvelle de 80 000 hommes, sous les généraux VICTOR, VAUDAMME et SAINT-CYR. C’est alors qu’arriva sur le théâtre de la lutte le dernier bataillon du 4e Léger qui, ainsi que nous l’avons dit, était dans le Corps SAINT-CYR, 42e Division MOUTON-DUVERNET; 2e brigade, Général KREUTZER. Les négociations n’ayant pas abouti, l’AUTRICHE entra dans la coalition et les hostilités recommencèrent au mois d’août. Les 25, 26 et 27, eut lieu la bataille de DRESDE qui se termina par la retraite de l’armée ennemie dite de BOHEME. Le Corps de VANDAMME, renforcé de la division MOUTON, eut pour mission, dans cette terrible bataille, de se porter sur les derrières de l’ennemi et d’enlever le camp de PIRNA. il perdit, dans ce combat, plusieurs généraux et 20 000 hommes sur 40 000 et fut envoyé à DRESDE pour se réorganiser.

Après des manoeuvres et des combats sans nombre, NAPOLÉON livra la grande bataille de LEIPZIG, la plus grande du siècle. Jamais l’héroïsme français n’avait été plus grand, mais on ne peut raconter tous les détails dans cette lutte inégale. Disons cependant que la défection des saxons décida NAPOLÉON à battre en retraite (octobre 1813).

Le bataillon du 4e Léger du corps de LAURISTON assiste seul à ce terrible combat, car les corps de GOUVION SAINT-CYR et de VANDAMME eurent pour mission de défendre DRESDE contre des opérations et ils y furent assiégés lors de la retraite de l’armée.

L’armée bavaroise, faisant défection, vint à son tour essayer d’arrêter notre retraite; mais elle fut culbutée et écrasée à HANAU (novembre 1813) et l’armée française arriva sur le RHIN où elle s’arrêta. Le corps de LAURISTON, où était un bataillon du 4e Léger, vint à MAYENCE, 190 000 hommes environ, avaient été blessés dans les places d’ALLEMAGNE.

En ESPAGNE, le Maréchal SOULT ayant réorganisé l’armée, le 1er bataillon du 4e Léger, fut placé dans la division VANDERMASHEIM. Le Maréchal SOULT, en juillet, voulut tenter de dégager PAMPELUNE assiégée par les Anglais, mais, malgré un brillant combat où le général VANDERMASHEIM fut tué, il fallut revenir en FRANCE. Une tentation sur SAINT SEBASTIEN ne réussit pas mieux et les français durent se retirer définitivement derrière la BIDASSOA. A cette époque, l’armée d’ESPAGNE était encore en bon état, mais sur le RHIN, nos armées étaient désorganisées et nos ressources détruites. Cependant, la bravoure de nos soldats avait tellement effrayé l’EUROPE, qu’elle n’osait franchir le RHIN. On négocia.

A la fin de 1813, c’est-à-dire après la bataille de LEIPZIG et la retraite des français sur le RHIN, les deux bataillons du 4e Léger occupaient les situations ci-après:

1 - Un bataillon à l’armée d’ESPAGNE

2 - Un bataillon assiégé dans la place de DANTZIG

3 - Un bataillon assiégé dans DRESDE

4 - Un bataillon à MAYENCE sur les bords du RHIN.

Pendant que NAPOLÉON s’occupait de réorganiser les débris de son armée revenue sur le RHIN, les bataillons enfermés dans DANTZIG et dans DRESDE s’y défendaient avec courage et résolution.

NAPOLÉON avait bien écrit à ses troupes d’essayer de s’ouvrir un passage: “Les garnisons des places se feront jour d’un côté ou de l’autre; si elles s’entendent, si elles sortent de leurs murailles, elles sont sauvées.... 80 000 français passent partout...”

Mais ces lettres ne parvinrent pas et le devoir des généraux était de rester dans les places.

La garnison de DRESDE fit cependant plusieurs tentatives de sortie, une le 17 octobre où les Russes du corps assiégeant furent culbutés; mais les Russes ayant été secourus à temps, elle dut rentrer dans la place le 26. Une seconde sortie générale le 6 novembre fut également infructueuse. Ce fut seulement après ces tentatives que le Général SAINT-CYR reconnaissant l’impossibilité de sortir se décida à traiter.

La bravoure de la garnison lui fit obtenir une capitulation très honorable puisqu’elle stipulait son retour en FRANCE. Elle se mit en marche, en effet, pour la FRANCE, mais arrivée à ALTEMBOURG, elle fut arrêtée ; l’ennemi, violant la capitulation la déclara prisonnière de guerre, faisant ainsi bon marché de la foi jurée et de l’honneur militaire. Le bataillon du 4e Léger fut emmené prisonnier en HONGRIE. “La violation de la capitulation prouvait assez qu’elle nous était favorable; et l’injustice de l’ennemi justifiait la garnison de DRESDE”. 

1814 Campagne de France. Armée de Lyon

ARMÉE DE LYON

Créations des 6e et 7e bataillons du 79e.

NAPOLÉON voulant produire une forte diversion dans le Sud-Est de la France, avait résolu de créer à LYON une force imposante qu’il plaça sous les ordres du Duc de CASTIGLIONE.

Ce dernier arriva à LYON le 14 janvier 1814 à 11 h du soir; il allait se trouver obligé d’organiser lui-même son armée, d’en rassembler les différents corps sous les yeux de l’ennemi, et de combattre avec des troupes dont la majeure partie était composée de conscrits n’ayant aucune instruction militaire.

Dans les premiers jours de 1814, le Général Baron de la ROCHE était en position avec 1780 jeunes soldats en avant de CHAMBERY, ayant ses avant-postes en face de ceux des Autrichiens à ANNECY et à AIX. C’est là que se trouvait le 7e bataillon du 79e qui venait d’être formé au dépôt de CHAMBERY.

Le Générai autrichien BUBNA se mit en marche sur LYON le 15 janvier, et le Général ZEISCHMESTRE, qui se trouvait en face des troupes françaises, poussa nos avant-postes dans la matinée du 18. Un combat eut lieu à REMILLY, et le Général de la ROCHE battit en retraite sur FORT-BARRAUX. ou il se concentra; les Autrichiens occupèrent CHAMBERY et la SAVOIE.

Le 20 janvier, le Général MARCHAND prit le commandement des troupes qu’il trouva en position, partie à CHAPAREILLAN sur la rive droite de l’Isère, partie à PONT-CHARA, en arrière de MONTMEILLON, sur la rive gauche. Le fort BARRAUX était armé, en bon état, et sa garnison comprenait 1 officier, 1  sous-officier, 2 caporaux, 1 tambour et 55 soldats, de chacun des 5e, 11e, 23e, 60e, 79e et 82e de ligne, 8e et 18e léger, ainsi qu’un bataillon du 60e.

Les Autrichiens n’osèrent pas s’aventurer sous le canon du fort et restèrent sur la défensive à MONTMEILLAN.

Le 24 janvier, le Comte MARCHAND reçut un renfort assez sérieux, dans lequel se trouvaient 400 hommes du 79e qu’il envoya à PONT-CHARA.

A la suite d’un combat assez vif livré à notre gauche, le Général ZEISCHMESTER s’empara du passage des Échelles.

Jusqu’au 6 février, l’ennemi ne bougea pas, mais dans la matinée il livra un combat d’avant-postes sans résultat.

A ce moment l’armée de LYON allait recevoir de sérieux renforts.

La 4e division de réserve des Pyrénées, dite de Réserve de NIMES, sous les ordres du Général de brigade MENARD, était destinée à renforcer l’armée de LYON. Elle commença à recevoir, dès la fin de 1813, une partie des jeunes soldats qui devaient compléter ses cadres.

Le 30 janvier, sur les insistances du Duc de CASTIGLIONE, les bataillons se mettaient en marche sans être complètement équipés.

Six bataillons avaient été formés et mis en route ; c’étaient les 6e bataillons des 67e, 79e, 20e, 115e, 4e de ligne et du 23e léger.

Le 6e bataillon du 79e comprenant 19 officiers, 90 sous-officiers et caporaux, 664 conscrits, partit le 31 janvier et arriva à LYON le 7 février.

Informé de l’état pitoyable de ces bataillons, le Duc de CASTIGLIONE donna l’ordre de les arrêter à VIENNE et les confia au Général BARDET qui parvint à les amener tous à LYON, assez mal organisés, pour le 18 février.

Le 22 janvier, à 11 h du soir, le Duc d’ALBUFERA, commandant l’armée de CATALOGNE et d’ARAGON, reçut l’ordre de diriger sur LYON, par PERPIGNAN 8000 à 10000 hommes. En conséquence, 6 colonnes se mirent en marche; elles comprenaient une division de cavalerie et une division d’infanterie forte de 6 régiments, plus 80 bouches à feu.

Vers la fin de février, NAPOLÉON résolut d’augmenter le corps d’AUGEREAU et fit écrire au Duc d’ALBUFERA de détacher de son armée une nouvelle division de 10 000 hommes et de l’envoyer en poste à LYON.

Cette division marcha en 3 colonnes ; la 3e commandée par le Colonel GAY du 79e comprenait le 32e Léger, en deux premiers bataillons du 79e (40 officiers, 1760 hommes) du 102e, 115e, 116e de ligne.

Le mouvement commença le 8 mars ; les troupes arrivèrent à PERPIGNAN les 11,12 et 13 mars; et à LYON les 18, 19 et 20.


AUGEREAU PREND L’OFFENSIVE -25 FEVRIER

Le général MARCHAND, qui avait reçu un bataillon de renfort, avait repris le poste important des Echelles, les gardes nationaux des départements du Centre et de l’Est s’étaient rassemblés à LYON.

Sans attendre l’arrivée des derniers secours envoyés de Catalogne. AUGEREAU prit l’offensive.

Les divisions MUSNIER et PARMENTIER devaient se trouver à MON le 3 mars, en passant par LONS-LE-SAUNIER, CHIETTE et MOREY. La division de BARDET, dans laquelle se trouvait le 6e bataillon du 79e, devait franchir le Rhône à SEYSSEL ou a BELLEGARDE, s’emparer en passant du fort de l’Ecluse et se joindre aux troupes du Général MARCHAND pour investir GENEVE par l’Est et le Sud, tandis que le Générai MUSNIER l’investirait par le Nord.

La division BARDET franchit le Rhône à BELLEGARDE le 1er mars, .s’empara le jour même du fort l’Ecluse, dont la garnison de 200 hommes fut faite prisonnière; on trouva dans la place 4 pièces de canon et beaucoup de munitions ; le 6e bataillons du 79e y prit part.

La division chercha alors à railler le Général MARCHAND. Le 23 février, ayant repris CHAMBERY, le Général MARCHAND, était à la poursuite des Autrichiens. il les poussa sur la route d’AIX; mais comme l’ennemi s’était fractionné en deux colonnes, MARCHAND en fit autant, et le Général DESSAIX prit, avec 2 300 hommes et 5 pièces de canon, la poursuite de la colonne de gauche par RUMILLY; le 7e bataillon du 79e se trouvait sous ses ordres.

Le 24, les Autrichiens essayèrent de résister sur la rive droite du FIER, mais ils furent délogés presque sans combat.

Le 1er mars, le Général-Lieutenant KLEBERLSBERG ayant rallié la colonne qui battait en retraite devant DESSAIX, voulut tenir en avant de GENEVE le plus longtemps possible. il occupa, avec 5 000 hommes, les belles positions qui s’étendent du CLUISET à SAINT-JULLIEN. A 10 heures du matin, les troupes du Générai DESSAIX étaient formées en 3 colonnes d’attaque.

Celle de droite eut ordre de se porter sur le flanc de l’ennemi, derrière le château d’OGNY et de la déborder.

La 2e, composée d’un bataillon du 1er de ligne, de quelques compagnies du 79e et de la brigade POUCHELON, dut se porter sur le centre par la grande route et aborder de front le village de la COTI.

La 3e colonne fut dirigée par la gauche sur le village de VIRY et de SONGY.

L’ennemi ayant une forte artillerie au centre, DESSAIX renforça ses ailes et déborda l’ennemi qui se replia sur les hauteurs de SAINT-JULLIEN.

La droite ayant été un instant bousculée par une colonne ennemi qui l’avait prise en flanc, DESSAIX voyait cette aile faiblir au moment même où la cavalerie ennemie s’apprêtait à charger sur son artillerie, le moment était critique. Il ordonna alors à ses canonniers de ralentir leur feu et d’attendre la cavalerie à demi-portée de mitraille.

Puis, à l’instant où la décharge vient de culbuter les premiers assaillants, il donne l’ordre aux compagnies du 79e de franchir les batteries et de s’élancer au pas de charge sur les Autrichiens. Cette manoeuvre eut le plus heureux résultat; le feu de l’ennemi se ralentit aussitôt sur toute la ligne et le Général KLEBERLSBERG se retira à SAINT-JULLIEN.

Le manque de munitions nous força à cesser toute poursuite, mais le soir même les Autrichiens abandonnaient leur position et repassaient l’Arve après avoir rompu les ponts. Le 3 mars la place de GENEVE fut sommée par le Général DESSAIX, mais le duc de CASTIGLIONE avait brusquement changé son plan. il était maintenant résolu à marcher sur la Franche-Comté pour faire lever le blocus de BESANÇON, en conséquence, il rappela les troupes qui étaient devant GENEVE.


OPÉRATIONS D’AUGEREAU AUTOUR DE LYON

A la nouvelle de la création d’une armée française à LYON, les alliés avaient formé une armée du Sud qui se réunissait sur les deux rives de la Saône.

Apprenant qu’il avait sur les bras 60 000 fantassins et 10 000 cavaliers, AUGEREAU abandonna le 4 mars ses projets sur la Franche-Comté ; il n’y avait plus un instant à perdre pour couvrir LYON.

Le 18 a lieu l’affaire de SAINT-GEORGES, le 79e n’y assistait pas ; c’est seulement le 19 que la 3e colonne de la division de Catalogne entrait à LYON.

La journée du 19 mars s’e passa de part et d’autre en préparatifs, après l’affaire de SAINT-GEORGES, l’armée de LYON avait été formée en avant de LIMONEST, et les mouvements des alliés indiquaient l’intention d’agir sur notre extrême gauche par la route de MOULINS en tournant ainsi notre position.

COMBAT DE CALUIRE  20 MARS 1814   BRILLANT FAIT D’ARMES DU 79.

Le 20, AUGEREAU disposa ses troupes dès la pointe du jour. Le Général BARDET resta en position entre la Saône et le Rhône ; le 6e bataillon du 115e de ligne prit position à CALUIRE sur le plateau qui commande la rive gauche de la Saône et la rive droit du Rhône, en avant de la CROIX-ROUSSE et à peu de distance de l’embranchement des routes de GENEVE par BOURG et de PONT-D’AIN.

Le duc de CASTIGLIONE renforça cette troupe par les deux premiers bataillons du 79e (1 800 hommes) arrivés à LYON dans la nuit du 19 au 20 mars, sous le commandement du Colonel GAY.

Tandis que l’affaire principale avait lieu sur la rive droite de la Saône, le Général BARDET et le Colonel GAY sur la rive gauche étaient aux prises avec les généraux HARDECK et de COBOURG.

Le Général HARDECK, plus fort en cavalerie qu’en infanterie, avait cherché à effrayer le Général BARDET par ses manoeuvres, mais sans essayer contre lui rien de sérieux. il attendait pour agir, le résultat de l’attaque plus importante du prince de COBOURG sur la route de TBEJOUX près de CALUIRE. En effet, si cette diversion réussissait, BARDET, pris à revers, et entre deux feux, se trouvait dans une position très critique.

Vers le milieu de la journée, le prince de COBOURG se porta franchement sur le plateau de CALUIRE, mais il fut arrêté court par une défense à laquelle il s’attendait d’autant moins qu’il supposait la position occupée par une partie des jeunes troupes de la division BARDET, et nullement par les vieux soldats de Catalogne.

Ordonnant alors à quelques escadrons de hussards de se former en colonne, il les lance sur le 79e de ligne. Le régiment français attend la charge avec calme et sang froid, la reçoit à coups de fusil, culbute la cavalerie autrichienne, marche au pas de charge sur l’ennemi, le ramène jusqu’au delà de l’embranchement des deux routes, en sorte que cette diversion essayée par les troupes de la rive gauche n’a aucun résultat pour le prince de HESSE.

La nuit mit fin à la bataille où l’ennemi perdit plus de 3 000 hommes, les deux armées bivouaquèrent en présence, en avant du faubourg de VAlSE. Vers minuit, les bagages, les ambulances et le parc d’artillerie s’acheminèrent en silence par le faubourg de la GUILLOTIERE, sur la route de VIENNE; l’armée suivit entre une heure et deux heures du matin. AUGEREAU se replia sur VIENNE, qu’il traversa le 21 mars et atteignit SAINT-VALLIER sur le Rhône le 22.


OPÉRATIONS DU GÉNÉRAL MARCHAND DU 9 MARS AU 10 AVRIL 1814

Le 9 mars le Général MARCHAND, qui était devant GENEVE, apprit d’une manière certaine la retraite d’AUGEREAU sur LYON. Après avoir couvert son flanc gauche avec deux bataillons, il conserva sa ligne sur l’Arve, espérant un retour offensif du duc de CASTIGLIONE et comptant sur l’arrivée des renforts d’Italie. Au milieu du mois, le Général WILMPFFEN ayant fait occuper SAINT-CLAUDE, le comte de BUBNA résolut de profiter de cette circonstance pour enlever le fort l’Ecluse, où la division BARDET n’avait pu laisser que 100 hommes de garnison.

Le Général KLEBERLSBERG reçut l’ordre de se porter sur le fort avec 2 500 fantassins, quelques escadrons et une batterie de 4 pièces et 3 obusiers.

LE 7e BATAILLON DU 79e A LA DÉFENSE DU FORT L’ECLUSE

Le 19 mars, à 9 heures du matin, KLEBERLSBERG, débouchant du côté du fort l’Ecluse, commença à gravir un des versants de la montagne escarpée qui le domine, tandis que sa batterie brisait le pont-levis et lançait des obus jusqu’au centre des bâtiments.

Par ordre du Général MARCHAND, 200 hommes du 79e placés à BELLEGARDE, sous le commandement du Chef de Bataillon JOMARD, devaient, au premier coup de canon, se porter sur l’Ecluse, tandis que les maires des communes voisines feraient sonner le tocsin et réuniraient les hommes de bonne volonté pour soutenir le détachement.

La résistance énergique du capitaine BONNET du 23e de la ligne, qui commandait le fort, donna le temps aux 2 compagnies du 79e et aux intrépides paysans de COLLONGE d’arriver. Le Général KLEBERLSBERG, qui croyait n’avoir affaire qu’aux 100 hommes renfermés dans le fort, se trouve tout à coup entouré par le Commandant JOMARD, soutenu par près de 3 000 volontaires qui escaladent la montagne.

La fusillade s’engage avec vivacité de part et d’autre, et le combat se soutient pendant plus de quatre heures ; enfin, l’ennemi ne pouvant se rendre maître des hauteurs, se borne à une canonnade qui ne cesse que vers six heures du soir.

Dans la nuit du 21 au 22 mars, un officier envoyé en reconnaissance jusqu’à NANTUA, annonça l’évacuation de LYON par AUGEREAU.

Le colonel de CUBIERES, qui avait le commandement, DESSAIX étant entré à GENEVE avec un sauf conduit, résolut de battre en retraite sans perdre un seul instant. Nos troupes marchèrent 30 heures sans autre repos que des haltes de quelques instants ; elles étaient suivies d’un assez grand nombre de paysans qui aidaient les soldats, soutenaient les blessés et portaient les sacs des éclopés.

Les détachements de SEYSSEL, l’ECLUSE et BELLEGARDE rétrogradèrent et occupèrent MOIRANS.

Le 25, la division du Colonel de CUBIERES atteignit FRANGY, et elle entrait le 28 dans VOIRON qu’elle se prépare à défendre contre la division HARDECK, avant garde de la partie de l’armée alliée destinée à agir contre le DAUPHINE.

Le lendemain 29, malgré la supériorité numérique des alliés, le colonel de CUBIERES prit l’offensive et marcha audacieusement à la rencontre de l’avant-garde de la division HARDECK. il l’atteignit près de CHIRENS et engagea un combat qu’il soutint jusqu’à la nuit, puis, menacé par des forces considérables, il se replia sur VOREPPE.

Jusqu’au 9 avril, les Autrichiens ne tentèrent rien contre nous, ce n’est qu’à cette date qu’ils décidèrent enfin à attaquer notre ligne de VOREPPE et à nous rejeter sur GRENOBLE.

En conséquence, d’épaisses colonnes s’avancèrent vers nos positions ; à midi, le combat était engagé de toutes parts. Tandis qu’une partie de l’armée alliée marchait sur la route, d’autres troupes se glissaient avec précaution à travers les saules qui couvraient les prairies de l’Isère. Le feu des bataillons français embusqués dans les boyaux de tranchée arrêta quelque temps l’ennemi, mais il revient bientôt à la charge et chercha à culbuter notre gauche en se plaçant entre la rivière et nous.

Le Colonel de CUBIERES attendait ce moment pour prendre de flanc les Autrichiens, le 7e bataillon du 79e se tenait dans ce but massé et caché aux abords de la maison de poste. il allait s’avancer, quand une compagnie du 18e, se croyant tournée, quitta précipitamment son poste; cet exemple fatal devint contagieux, et l’ennemi se trouva maître de la route de GRENOBLE.

Le 79e ne fut pas ébranlé, et ce brave régiment s’élança avec résolution sur les bataillons autrichiens qui déjà interceptaient la route de GRENOBLE. Le lie de ligne suivit le mouvement et la retraite de la division put commencer en bon ordre, car la colonne qui interceptait les communications était prise entre deux feux et n’eut que le temps de regagner précipitamment les rives de l’Isère.

Nous n’avions plus d’adversaires entre nous et GRENOBLE.

Pendant le combat, le capitaine MIGNOT reçut l’ordre de se porter avec sa compagnie à gauche du village de VOREPPE, pour arrêter l’ennemi qui cherchait à y pénétrer. Avant l’arrivée au poste qui lui était assigné, il rencontra un bataillon en désordre que l’ennemi poussait devant lui ; c’est en vain que le capitaine MIGNOT chercha à rallier les fuyards ! Alors n’écoutant que son honneur et son devoir, il marcha droit aux Autrichiens, les chasse du poste qu’on lui avait ordonné d’occuper et dont l’ennemi s’était déjà emparé, il y soutint pendant plus d’une heure un combat inégal contre une colonne de 1 200 hommes, et ayant reçu l’ordre de se replier, il sut en imposer aux Autrichiens par la contenance et le bon ordre de sa compagnie, pendant la retraite. A dix heures du soir, la division de CUBIERES prenait position à la BRIQUETERIE.

Le 10 avril, on s’attendait à une nouvelle affaire, lorsqu’un parlementaire vint annoncer au générai MARCHAND les événements qui avaient eu lieu à PARIS.
L’ARMÉE DE LYON FUT DISSOUTE LE 10 JUIN SUIVANT

1814 - Campagne de FRANCE

De nouvelles négociations n’ayant pas aboutis par suite de la haine des Prussiens contre la FRANCE, les hostilités recommencèrent et après 20 ans de victoires, la FRANCE eut la douleur de voir son territoire envahi. La retraite sur le RHIN avait été tellement désastreuse qu’avec les débris de toute l’armée, on ne put former que 3 corps; un à STRASBOURG donné au Duc de BETHUNE, un 2e à MAYENCE au Duc de RAGUSE et un 3e au Duc de TARENTE. Le bataillon du 4e Léger, revenu d’ALLEMAGNE, fut placé dans le corps du Duc de RAGUSE. Jamais, on le sait, NAPOLÉON ne déploya tant de génie que dans cette campagne ; jamais les troupes ne furent plus braves et plus disciplinées; aussi n’est-ce qu’après des efforts inouïs, des combats sans nombre et très glorieux pour nos armes que vaincue enfin par le nombre et les fautes commises, la FRANCE dut enfin courber la tête devant toute l’EUROPE entière.

Nous allons analyser le rôle du bataillon du 4e Léger dans cette lutte gigantesque: le corps formé à MAYENCE sous le commandement du Duc de RAGUSE, prit le titre de 6e Corps d’Infanterie; il devait défendre le RHIN de STRASBOURG à MAYENCE et s’élevait à un effectif de 10000 baïonnettes et 1 200 sabres.

Le RHIN ayant été franchi au dessous de STRASBOURG par les alliés, le Duc de BETHUNE dut se replier de STRASBOURG sur les VOSGES qu’il défendit pied à pied pendant qu’on formait à NANCY un nouveau corps sous les ordres du prince de la MOSCOWA.

Pendant ce temps, le Duc de RAGUSE avec le 6e Corps se retirait de MAYENCE sur la MOSELLE.

Puis toujours poursuivi et découvert par l’abandon de NANCY et de TOUL par le Prince de la MOSCOWA, le Duc de BETHUNE laissa une garnison à METZ et se retira sur CHALONS par MARS LA TOUR et VERDUN. La division RICARD, dont faisait partie le bataillon du 4e Léger, prit position à THIAUCOURT. En janvier, les armées alliées étaient réunies sur la MEUSE et la MARNE, et les troupes françaises autour de CHALONS.

Nous ne retracerons pas tous les épisodes de cette célèbre campagne mais nous dirons que la division RICARD et par conséquent le bataillon du 4e Léger, prit pan aux combats.

1 -  de CHAMPAUGERT, où le Bataillon du 4e Léger enleva le village de BAYE et commença ainsi le succès de la journée; on prit 21 canons, 3 généraux et 2 000 prisonniers.

2-   de HAUTE EPINE, où la division PICARD enleva le village de POMMESANE et décida du succès. « La Division PICARD, dit l’auteur KOCH, prit ou tua tout ce qui fut rencontré les armes à la main. »

3 -  de VAUXHAMPS, la division PICARD fut chargée d’enlever le village de ce nom et ici encore décida du succès par l’impétuosité de son attaque.

Le 6e Corps, et par conséquent le bataillon du 4e Léger, prit encore part aux combats de FERE-CHAMPENOISE; de CEZANNE et de la FERTE-GAUCHER qui précédèrent l’arrivée des alliés devant PARIS, et enfin au combat de PARIS, après lequel l’armée se retira derrière la LOIRE, en vertu des conventions stipulées par l’armistice qui mit fin aux hostilités.

Pendant ce temps, l’armée d’ESPAGNE, où était le 1er Bataillon du 4e Léger, livrait la bataille d’ORTHEZ et de TOULOUSE.

Tous ces efforts furent vains ; la FRANCE était vaincue par l’EUROPE entière coalisée contre elle.

La FRANCE vaincue, NAPOLÉON abdiqua et fut remplacé sur le trône, par LOUIS XVIII. Le gouvernement de la Restauration s’occupa bientôt de l’armée et en fit de nombreuses réductions.

Une ordonnance du 12 août réduisit, en effet, les Régiments à 90 et ceux d’Infanterie Légère à 15. Les 90 Régiments d’Infanterie de Ligne devaient être formés des 111 premiers régiments de l’Empire qui devaient prendre suivant leur ancienneté, les numéros de la série naturelle, comblant ainsi les vides qui y existaient. Les Régiments, portant les numéros de 112 à 136 furent incorporés dans les autres. Les 15 Régiments d’Infanterie Légère devaient être formés des 15 premiers Régiments de l’Empire dans lesquels ceux portant les numéros 16 à 37 devaient être incorporés.

A peine cette organisation avait elle lieu, que le retour de l’Empereur de l’île d’ELBE vint tout mettre à néant. Les Régiments durent reprendre leurs anciens numéros ; mais le 4e Léger ayant conservé le sien, il ne s’opéra pour lui aucun changement. Le 4e Léger fit avec toute l’armée la campagne de 1815. Une seule bataille, WATERLOO, remplit cette campagne, bataille gigantesque où la France secoua le joug de l’étranger, fit une fois encore trembler l’EUROPE entière. Le 4e Léger faisait partie du 2e Corps commandé par le Maréchal NEY. Ici comme en 1814, l’Empereur se montra le plus grand homme de guerre dont l’histoire ait gardé le souvenir. Ici, comme en 1814, les soldats de la FRANCE, étonnèrent le monde par leur courage, leur héroïsme et leur mépris de la mort I Mais tout fut vain, la victoire nous avait décidément abandonné.

Quoiqu’il en soit, en lisant le récit de la terrible bataille de WATERLOO, on peut dire, que s’ils furent écrasés par le nombre, ces héros d’ARCOLE, des PYRAMIDES, d’AUSTERLITZ, d’IENA, de FRIEDLAND et de WAGRAM, ils eurent du moins le droit de répéter en mourant ce cri qui fut poussé pour la première fois par un célèbre Roi de FRANCE sur les champs de bataille d’ITALIE.

“Tout est perdu fors l’honneur”. 

Bataille de Waterloo

Bataille de Waterloo

Les Cent-jours

1815

Le 79e se trouvait en garnison à TOULOUSE ; il y resta pendant les CENTS JOURS, bien qu’il fit partie du 8e corps d’ armée.

Le régiment, était alors composé en grande partie de soldats italiens qui désertèrent presque tous ; le reste du 79e, officiers et soldats, donna une preuve de son patriotisme en abandonnant deux jours de solde par mois pour le trésor de l’armée, pendant la durée de la campagne.

Le 79e ne prit part à aucune action de guerre en 1815. Après la bataille de WATERLOO, la restauration entreprit de reconstituer l’armée sur des bases nouvelles, et, voulant détruire l’ancien esprit de corps, elle supprima le nom de régiment. Une ordonnance royale du 3 août 1815 créa les Légions Départementales.

Les dépôts des 108 régiments d’infanterie de ligne licenciés et ceux des 15 régiments d’infanterie légère furent envoyés dans les chefs lieux des départements pour servir de noyaux aux légions départementales ; le 29e et le 79e de ligne servirent à former la 29e légion de Haute Garonne.

C’est ainsi que disparut de l’armée française le 79e d’infanterie et pendant 40 ans, c’est-à-dire jusqu’en 1855, il n’y eut plus de régiment français portant ce numéro.

Mais ce 79e de 1855, comme nous le verrons plus loin, n’a aucune attache avec l’ancien, issu du BOULONNAIS de 1684.
  

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