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Le blog de François MUNIER

L’alerte des artistes face à la répression de l’homosexualité au Sénégal (Eva Sauphie / Afique XXI)

15 Août 2026 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Questions internationales, #Afrique, #Sénégal

Plusieurs cinéastes, écrivains ou encore photographes sénégalais se sont saisis de la question LGBTQIA+ dans leur œuvre. Ils se disent inquiets du durcissement de la loi contre les personnes homosexuelles et y voient une instrumentalisation politique visant à détourner l’esprit des populations loin des vraies préoccupations du pays.

L’escalade homophobe que connaît le Sénégal depuis l’adoption, le 31 mars 2026, de la loi aggravant les sanctions à l’égard des personnes LGBTQIA+ est vertigineuse. Les actes jugés « contre-nature », selon la terminologie officielle, sont désormais passibles de dix ans d’emprisonnement au lieu de un à cinq. Tandis que la parole homophobe se répand ouvertement, notamment sur les réseaux sociaux, une centaine de personnes présumées homosexuelles ont été arrêtées. La parole des personnes concernées est contrainte, voire impossible. Mais une poignée d’artistes et d’intellectuelles sénégalaises se sont emparées de la question.

Gabriel Dia, photographe de 40 ans, est né à Dakar et a quitté le Sénégal à sa majorité. Le jeune adulte prend conscience que son orientation sexuelle peut lui rendre la vie difficile, sinon impossible. « Jusqu’à présent, je retournais à Dakar tous les ans, glisse-t-il. Mais là, ça va être compliqué. » Adolescent, il essuie moqueries et insultes « sur le ton de l’humour, rien de violent », dit-il. Lors d’une cérémonie familiale, il s’essaie à la danse sabar, une pratique traditionnellement interdite aux hommes. C’est là qu’il s’attire les foudres de sa mère et des femmes qui l’entourent. Gabriel décroche finalement une bourse pour suivre une formation d’ingénieur en France. Il part sans dire un mot.

Quelques années plus tard, il se munie d’un appareil photo argentique et transforme son épisode traumatique en une série d’autoportraits salvatrice sobrement intitulée Sabar. Au moyen de la surimpression, son corps se meut et investit le champ qui lui est confisqué. « J’ai réalisé cette série en 2020, comme si j’avais anticipé ce qu’il se passe aujourd’hui au Sénégal. Pourtant, je n’aurais jamais prédit une tournure politique pareille. Les gens ont vrillé depuis l’annonce de la loi. »

Métamorphoser la mémoire et interroger les constructions du genre

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