Tout s'est déroulé comme prévu, sur les roulements à bille parfaitement huilés de la finance spéculative. Le 12 juin dernier, SpaceX a réalisé la plus grosse introduction boursière (initial public offering, IPO) de l'histoire, en vendant 550 millions de parts à 135 dollars pièce pour atteindre une évaluation de près de 1 800 milliards de dollars, soit l'équivalent du PIB de l'Espagne. Son PDG Elon Musk, qui possède 40% des parts de la compagnie et dont la fortune était alors estimée à 780 milliards de dollars, est devenu mécaniquement, en quelques heures de trading, le premier billionnaire (ou trillionnaire, en anglais) – le premier être humain de l'histoire des sociétés dont la fortune personnelle dépasse les mille milliards de dollars. Le 16 juin, sa fortune atteignait brièvement les 1500 milliards. (À l'heure d'écrire ces lignes, le 18 juillet, l'action SpaceX est à son plus bas niveau historique, et l'homme le plus riche du monde ne possède plus "que" 900 milliards de dollars. Eh oui, il existe un site pour suivre tout ça en temps réel.)

Deux jours avant l'opération fatidique, Oxfam publiait un condensé d'informations pour nous aider à évaluer l'ampleur de l'ignominie : avec mille milliards de dollars, Elon Musk possédait déjà plus d'argent que 46% de la population mondiale combinée. Ces trois dernières années, l'accroissement de sa fortune s'est constamment accéléré : après avoir doublé en un peu plus d'un an, de décembre 2024 (400 milliards de dollars) à février 2026 (750 milliards), elle vient donc de doubler une nouvelle fois... en cinq mois. Aujourd'hui, la fortune personnelle d'Elon Musk grossit de plus d'un million de dollars par jour. Oui, par jour. Si des images subliminales de guillotine et de collectivisation abrupte des moyens de production clignotent devant vos yeux, c'est normal.

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