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Le blog de François MUNIER

[Parti pris] Derrière la pollution plastique, la disparition des savoir-faire (Afrique XXI)

29 Août 2026 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Questions internationales, #Afrique

Luc Anato, cofondateur de VEDI Action (Bénin) et membre de la Coalition internationale Francophonie Zéro Plastique

Il y a un siècle, le plastique n’existait pas. Il y a soixante ans à peine, une grande partie de l’Afrique vivait encore sans lui : la nourriture se transportait dans des feuilles, l’eau se buvait dans des calebasses ou des canaris d’argile, les plats se façonnaient à la main dans la terre cuite. Ce monde-là n’est pas une légende. Il est encore vivant dans la mémoire de personnes qui marchent aujourd’hui dans nos rues. Et pourtant, les générations nées après elles n’ont connu qu’une seule Afrique : celle où le plastique est partout, dans l’assiette, dans l’eau, dans l’air qu’on respire quand on brûle les déchets faute d’autre solution. En l’espace d’une vie humaine, un continent entier a changé de matière. C’est une perte d’identité qu’on a rarement le courage de nommer comme telle.

Prenez l’argile. Façonner un canari ou un plat en terre cuite est un savoir qui, dans de nombreuses régions africaines, se transmettait strictement de mère en fille, par la pratique, sur des années. Au Mali, la poterie du village de Kalabougou, pourtant classée patrimoine culturel national, est aujourd’hui menacée par le désintérêt des jeunes générations pour ce métier. En Côte d’Ivoire, une étude menée auprès des dernières potières du pays gwa a montré qu’elles appartiennent toutes à la même génération, bientôt septuagénaires, souvent malades, sans aucune relève identifiée. Au Botswana, la situation est si préoccupante que l’Unesco a inscrit le savoir-faire de la poterie traditionnelle du district de Kgatleng sur sa liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, en raison du nombre décroissant de maîtres-potières et de la concurrence des récipients produits en série. Dans plusieurs pays, on peut aujourd’hui compter sur les doigts d’une main les personnes qui savent encore mener cette transformation de la terre à l’objet fini.

La calebasse connaît le même sort, comme l’indiquent plusieurs témoignages recueillis dans la presse. À Niamey, les vendeuses du marché de Katako expliquent que son usage recule chaque année dans les villes, remplacé par des ustensiles en plastique. À Conakry, une commerçante rappelle que ce récipient accompagnait autrefois la bouillie des grands-parents, le lavage rituel du riz, les rites funéraires... Elle en parle déjà au passé. Au Bénin, les feuilles de teck et de bananier qui servaient traditionnellement à envelopper les aliments, un savoir que 98 % des productrices du sud du pays maîtrisaient encore il y a une décennie, se raréfient à mesure que les bananeraies cèdent la place aux inondations et les tecks aux plantations de palmiers à huile.

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