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Le blog de François MUNIER

Antisémitisme. A propos du livre de Mark Mazower (Contretemps)

3 Octobre 2025 , Rédigé par François MUNIER Publié dans #Antisémitisme, #Actualité française, #Racisme, #Questions internationales

Antisémitisme. A propos du livre de Mark Mazower (Contretemps)
Antisémitisme. A propos du livre de Mark Mazower

Au cœur de controverses contemporaines, face à la permanence et aux transformations de l’antisémitisme et aux utilisations frauduleuses de l’accusation d’antisémitisme afin de faire taire la solidarité avec le peuple palestinien, l’ouvrage de Mark Mazower Antisémitisme : Métamorphoses et controverses (éd. La Découverte), vient à point nommé offrir une ample réflexion sur le sujet. Nathan Patron-Altan revient ici plus particulièrement sur la seconde partie de l’ouvrage et les luttes définitionnelles de l’antisémitisme menées par certaines institutions.

Faire l’histoire de l’antisémitisme contre son approche victimaire par les historiens et les gouvernements israéliens

Dans Antisémitisme : Métamorphoses et controverses[1], Mark Mazower a pour objectif de remettre en cause, à la fois d’un point de vue historique et politique, l’axiome de la sinat Yisrael (la « haine éternelle d’Israël »), qui postule que l’antisémitisme serait immuable et incurable. Ce qui relevait autrefois d’une expression théologique a progressivement été transformé en un principe fondateur, repris aussi bien par une certaine historiographie israélienne que par la politique de l’État d’Israël.

Dans la première partie du livre, Mazower cherche donc à recontextualiser l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus à l’après-Shoah, en montrant que ses formes, ses manifestations et son intensité varient selon les périodes. Il insiste sur l’importance des contextes géographiques, démographiques et sociologiques pour comprendre ces évolutions. Par ailleurs, il souligne que le judaïsme, longtemps centré en Europe jusqu’au judéocide, s’est déplacé vers deux nouveaux pôles principaux, Israël et les États-Unis, qui regroupent aujourd’hui la majorité des communautés juives mondiales.

Mazower souligne que, dans ces nouvelles aires géographiques, la condition des Juifs change profondément par rapport à leur situation européenne traditionnelle. Aux États-Unis, ils s’intègrent dans un système marqué par un binarisme racial où ils ne sont plus perçus comme une minorité stigmatisée, mais trouvent une place relativement favorable au sein de la majorité blanche. En Palestine/Israël, le mouvement est encore plus radical. Les Juifs, longtemps minoritaires en Europe, deviennent une majorité démographique et politique.

Ces bouleversements, auxquels s’ajoute la baisse significative de l’antisémitisme traditionnel relevée par de nombreux sociologues, transforment en profondeur la notion même d’antisémitisme. Celui-ci acquiert désormais de nouvelles réalités et définitions, souvent discordantes. Autrement dit, les cadres conceptuels élaborés pour penser l’antisémitisme ne correspondent plus véritablement à sa manifestation concrète dans les sociétés contemporaines. C’est précisément cette discordance entre réalités et définitions de l’antisémitisme qui constitue le cœur de la seconde partie de l’ouvrage de Mazower, et qui fait l’objet de la présente recension.

Dans le prélude, de cette seconde partie, Mazower revient sur le contexte états-uniens. Il rappelle qu’aux États-Unis, l’expérience juive évolue de manière paradoxale par rapport à l’antisémitisme et au sionisme. Dans la première moitié du XXᵉ siècle, alors que l’antisémitisme est encore fort, notamment avec l’essor du Ku Klux Klan, les discriminations dans l’éducation, le logement et les loisirs, et des affaires comme Leo Frank ou l’affaire Rosenberg, les Juifs états-uniens restent majoritairement peu sionistes. Les organisations comme l’American Jewish Committee (AJC), représentant les élites assimilées, privilégient l’intégration et la loyauté envers les États-Unis, et craignent que le sionisme n’entraîne des accusations de double allégeance.

Même après la création d’Israël en 1948, l’adhésion initiale est limitée et marquée par des tensions, illustrées par le bras de fer entre Ben Gourion et l’AJC lors de la loi de 1952 sur les statuts de l’Organisation sioniste mondiale et de l’Agence juive. Son leader, Jacob Blaustein, plaide pour l’ajout d’une clause stipulant que l’État d’Israël ne doit pas être défini comme « la création de tout le peuple juif », ainsi que le prévoyait la loi, mais seulement comme un État, « qui ne représente que ses propres habitants ».

Article complet : 

Notice d'éditeur : 

Antisémitisme
Métamorphoses et controverses

Mark Mazower

Les sentiments et les actes antijuifs traversent la culture occidentale depuis des siècles. Le mot " antisémitisme " en revanche, que l'historien Mark Mazower place au cœur de sa réflexion, est beaucoup plus récent. Il n'apparaît qu'à la fin du XIXe siècle dans une Europe alors agitée par la triple question nationale, sociale et démocratique. L'antisémitisme, réaction essentiellement politique au mouvement d'émancipation des Juifs d'Europe, est la face cachée de la modernité occidentale. À travers un ennemi imaginaire, les mouvements qui s'en revendiquent, depuis les antidreyfusards français jusqu'aux nazis allemands, cherchent à saper le principe d'égalité juridique entre les citoyens.
Mais le terme entre dans une zone de turbulence après la Shoah et la création d'un État juif en Palestine. Alors que dans les sociétés occidentales la haine antijuive régresse ou se dissimule, les regards se tournent vers les sociétés musulmanes, décrites par certains comme le foyer d'un " nouvel antisémitisme ". Une grille de lecture trompeuse, explique ce livre brillamment documenté, parce qu'elle fait fi de la recomposition du monde juif, dont le centre de gravité a quitté l'Europe après la Seconde Guerre mondiale, et parce qu'elle repose sur une définition fallacieuse de l'antisémitisme qui étouffe en contrebande toute critique d'Israël. Un dangereux retournement de sens s'est ainsi opéré, qui a fractionné ce qui devrait pourtant être un combat commun : la lutte contre l'antisémitisme et pour les droits des Palestiniens.

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